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S’alcooliser sans Boire ou se Droguer sans Drogue

Après la parution de mon ouvrage : « l’Alcool, toi, moi et les Autres », je peux dire que le chapitre consacré à l’utilisation de la PNL (Programmation Neurolinguistique) en alcoologie est un de ceux qui ont suscité le plus de réactions -enthousiastes ou critiques !

Pourquoi ?

Parce que la PNL s’intéresse davantage aux résultats qu’à la théorie ? Parce qu’elle introduit de nouvelles données et que les notions nouvelles demandent toujours du temps avant de se faire admettre. Parce que, grâce à cette technique, des problèmes peuvent être solutionnés avec une grande rapidité -par rapport à d’autres thérapeutiques- et cela, sans souffrance ?

Autant de réponses possibles... Toujours est-il que convaincus de l’intérêt de cette pratique, Michel FACON et moi-même avons décidé, par le support de la revue :

  • d’apporter une information précise et la plus concrète possible sur les moyens utilisés et les résultats obtenus.
  • d’ouvrir le débat sur cette pratique.

Elisabeth FRIT

Ce titre n’est ni une plaisanterie, ni une provocation. Il s’agit bien de ressentir les effets psychotropes de l’alcool ou des autres drogues sans ingérer le produit lui-même.
Cet article traite de la séquence kinesthésique (SK), c’est-à-dire de la description de la succession des ressentis lorsqu’un sujet absorbe une substance psychotrope quelconque : alcool, héroïne, cocaïne..., certains médicaments comme les tranquillisants ou même certains médicaments antalgiques.

Je profiterai de cet article sur la SK pour la replacer dans le cadre de la dissociation PA/PS et la situer par rapport à deux autres mécanismes, celui de la Stratégie d’Alcoolisation et celui de la compulsion. L’ensemble permettra au lecteur de LA TEMPÉRANCE de se faire une idée des enchaînements qui font passer un sujet en difficulté avec l’alcool ou d’autres drogues, de la PS à la PA (ou de la partie non toxicomane à la partie toxicomane).

Outre l’intérêt que présente la connaissance de la SK en elle-même, je montrerai à quoi elle peut servir en thérapie et ce qu’elle permet de comprendre. On verra aussi au passage, au cours d’une parenthèse lourde de conséquences, comment l’utilisation de cette SK pourrait venir se placer dans le débat actuel concernant la toxicomanie et la prévention du SIDA.
La transcription du cas de Natacha montrera concrètement ce qu’est la SK et comment on peut la repérer et la coder de manière simple.

Qu’est-ce qu’un psychotrope ?

A la fois substantif et adjectif qualificatif, le terme de « psychotrope » désigne le flux des ressentis qui se déclenchent lorsqu’un sujet absorbe une substance chimique d’origine naturelle ou synthétique en vue de modifier son activité mentale.
Alcool, drogues ou certains médicaments modifient, en effet, nos perceptions, c’est-à-dire ce que nous captons avec nos organes des sens. (V.A.K.) Il s’en suit, tout naturellement, que nos comportements sont différents et que nous pouvons alors faire des choses que nous ne pourrions pas faire sans le psychotrope. Ce processus n’est pas caractéristique de l’alcoolique ou du toxicomane, mais ces derniers l’utilisent avec plus d’intensité et plus souvent que d’autres afin d’accéder à certaines ressources vitales. (ressources de survie le plus souvent.)

Il va de soi, en effet, qu’alcooliques ou toxicomanes n’absorbent pas leur produit dans le but de s’intoxiquer ou de se détruire. Ils ne sont pas, comme voudraient nous le faire croire certains, mus par un quelconque instinct destructeur ou une mystérieuse pulsion de mort.
Certes les produits sont, plus ou moins toxiques, selon les doses et selon la vulnérabilité du sujet, mais ce qui intéresse ce dernier, c’est avant tout la psychotropie.

En 1976, Jean RAINAUT écrivait déjà : « Dans son jugement péjoratif envers l’alcoolique, le non-alcoolique ne tient pas compte des avantages (de l’alcool). Il ne les soupçonne même pas. Le buveur n’ose pas le dire. Il faut, pour obtenir cette confidence, être très en confiance avec lui et suffisamment au courant de la façon avantageuse dont l’alcool modifie le vécu intime » (Éclairage alcoologique en 1976. Jean RAINAUT).

Un peu plus loin, Jean RAINAUT parle de ce vécu de l’alcoolique en ces termes : « ...il se sent presque étranger au monde et ce monde lui parait étrange. Il se voit un peu comme un martien sur la terre, mais le non-alcoolique, l’observateur neutre, ne voit rien, ne décèle pas du tout ce qui se passe à l’intérieur du sujet. Il y a là un vécu personnel, secret, dont peu d’alcooliques parlent. »

Ce vécu intime, secret, personnel peut aujourd’hui être décrit en termes sensoriels et avec une grande précision. Il suffit pour cela d’établir un solide rapport de confiance avec l’alcoolique, (ou le toxicomane) de savoir lui poser les bonnes questions et d’écouter ses réponses en se gardant de toute explication, commentaire ou interprétation. C’est ce que nous montre l’exemple de Natacha.

Sur le sentier des vignes du Seigneur

Natacha a la trentaine. Elle s’alcoolise depuis une bonne dizaine d’années. Son père était alcoolique lui aussi. Elle a vécu dans son enfance de nombreuses scènes traumatisantes et a subi, à l’âge de 10/12 ans, des sévices sexuels.

Au moment où commence la transcription suivante, de nombreux recadrages lui ont permis de se réconcilier avec la PA d’elle-même, qu’elle voulait, disait-elle, « éliminer ». Elle reconnait, maintenant, les intentions positives de PA et de PS mais l’intégration de ces deux parties n’est pas encore réalisée. Le rapport de confiance a été établi et elle sait « s’associer » dans ses souvenirs, c’est-à-dire qu’elle est capable de revivre mentalement un souvenir comme si elle était dans une sorte de réalité virtuelle. Elle fait donc « comme si » elle était dans son salon et « comme si » elle s’alcoolisait...
Les commentaires, entre parenthèses, ont été surajoutés pour la bonne compréhension de ce qui se passe.

Michel : « Si tu veux, je vais t’aider à repérer ce que tu ressens dans ton corps lorsque l’alcool commence tout juste à faire effet... Je voudrais que tu me dises la toute première sensation que tu as, même si cela te semble insignifiant... sois bien attentive à ce que tu ressens... »


Natacha :
« Il faut que je boive ? »

M. : « Oui, bien sûr, il faut que tu t’imagines en train de boire... tu es dans ton salon... restes-y... tu es seule... »

(Natacha se concentre. Elle ferme les yeux. Elle rentre dans cette réalité virtuelle. Elle est dans son salon et revit le moment précis où elle a bu. On dit qu’elle est « associée »... Elle se donne envie de boire et elle boit. Elle a fait cela des milliers de fois en dix ans. Elle sait le faire, mais elle ne sait pas qu’elle sait car le processus est inconscient. On peut dire que Natacha est « inconsciemment compétente » pour se donner envie de boire).

N. :"Je crois que ça commence par une sorte de picotements bizarres là, dans la mâchoire... comme ceci (le geste de ses deux mains commence au menton et remonte sur les deux branches du maxillaire, vers les oreilles).

M. : « OK. Mais... tu crois ou tu en es sûre ? »

N. : « Je viens de vérifier : c’est bien comme cela que ça démarre... je sais que c’est le début... »

M. : « Donc des picotements dans la mâchoire et ça va du menton vers les oreilles, c’est bien ça ? »

N. : « Oui, tout à fait ».

M. : « Très bien. Est-ce que tu peux me dire ce que tu ressens juste après ces picotements mais vraiment tout juste après ? »

N. : « Je le sais déjà, mais je viens de vérifier. Il y a des picotements dans toute ma tête et ça tremble dans ma lèvre inférieure... oui, c’est bien ça. »

(la SK se déroule très vite, en quelques secondes ; ici, il convient de savoir si les picotements dans la tête précèdent ou suivent le tremblement des lèvres)

M. : « Ces picotements dans toute ta tête, c’est avant ou après ce tremblement dans ta lèvre ? »

N. : « Le picotement est avant. D’ailleurs, il descend dans ma nuque, en arrière et c’est là que j’ai le tremblement ».

M. : « Et ensuite, juste après ce tremblement, que ressens-tu ? »

N. : "Ça descend le long de l’oesophage (elle indique le trajet du doigt). C’est comme un courant qui descend. C’est très agréable, d’ailleurs). C’est une sorte de douce chaleur...

(Le visage de Natacha est plus rose et ses yeux brillent.
L’intonation de sa voix a changé).

M. : « Et ensuite ? Tout de suite après ? »

N. : "Je... je... c’est drôle, c’est comme si j’avais bu...

(manifestement, Natacha est en train de partir... elle s’affaisse sur sa chaise et vacille légèrement...)

M. : « Hop ! reste avec moi !! que ressens-tu juste après la chaleur le long de ton oesophage ? »

N. : "Oui... la chaleur va dans tout le ventre et même plus bas

(elle porte la main sur son ventre et indique ensuite son bas-ventre).

M. : "C’est bien. Reviens ici avec moi maintenant ! Regarde-moi. Regarde le bureau.

(J’ai légèrement élevé le ton afin d’interrompre le processus en cours. Je laisse quelques instants à Natacha qui revient sur sa PS).


N. :
« C’est bizarre... j’aurais pas crû qu’on pouvait faire ça... »

M. : « Oui, c’est bizarre... je crois bien que tu as repéré tous les éléments nécessaires, mais on va quand même vérifier, OK ? »


N. :
« Oui... »

M. : « Si j’ai bien compris tout ça commence par ce picotement dans ta mâchoire, puis il y a le picotement dans ta tête et tout de suite après un tremblement dans ta lèvre inférieure. Puis, une chaleur le long de ton oesophage, ça diffuse dans ton ventre et bas-ventre. C’est bien ça ? »

N. : « Quand tu le dis, ça le refait automatiquement et je me sens partir. Je dois faire un effort pour rester là ; mais à la fin, la chaleur envahit tout mon corps. »


M. :
« Il faut donc rajouter cette chaleur qui diffuse dans tout ton corps. Dis-donc, c’est bien agréable tout ça ! Tu avais déjà remarqué » toutes ces étapes ?"


N. :
Pas vraiment. En tout cas pas en détails. Je ne me rendais pas vraiment compte.

(Cette compétence inconsciente est désormais devenue tout à fait consciente. D’ailleurs, sans que je lui demande, Natacha la réexpérimente d’elle-même.)

On peut écrire la SK de Natacha de la manière suivante :

Séquence kinesthésique :

K1 (picotement dans la mâchoire),

K2 (picotement dans la tête),

K3 (tremblement labial),

K4 (chaleur descendant le long de la ligne médiane),

K5 (diffusion de chaleur dans ventre et bas-ventre),

K6 (chaleur dans tout le corps).

Chaque personne a sa propre Séquence Kinesthésique et le nombre des éléments peut varier. Généralement 4, 5 ou 6 éléments successifs peuvent être repérés. Cette SK peut donc être notée :

K1 K2 K 3 ...Kn

A quoi peut servir la SK ?

1) Une fois qu’il l’a détectée, le thérapeute peut s’en servir pour déclencher les effets psychotropes de l’alcool ou de la drogue, c’est-à-dire pour faire émerger PA ou la Partie Toxicomane. Il suffit pour cela de parler. (on l’a vu pour Natacha).

2) Le sujet peut apprendre, en un temps record, à se la déclencher lui-même. Elle est désormais devenue consciente.

3) Elle peut être intensifiée dans ses effets, modifiée et son déroulement dans le temps, déjà très bref, peut être encore accéléré. On peut même en retirer les effets secondaires indésirables ! (« redesign »). On croit rêver, n’est-ce-pas ? Cela veut dire que ça peut être mieux encore qu’avec le produit lui-même !

4) Cette SK « artificielle » peut être stoppée facilement par le sujet lui-même, ce qui n’est pas le cas avec la SK « naturelle ».

5) Cette SK explique le phénomène des « cuites sèches » ou « flash-backs » des toxicomanes et alcooliques. Elle permet de concevoir aisément que la SK, qui n’est en fait qu’une sorte de codage effectué par le cerveau, puisse se déclencher des années après l’arrêt total du produit. (pour Natacha, il suffit qu’apparaisse K1 pour que les autres éléments se déclenchent automatiquement).

6) Avant que ne soit effectuée l’intégration des deux parties PA et PS, la SK permet au sujet de disposer des ressources de PA sans avoir à s’alcooliser réellement.

Il y a bien d’autres utilités de la SK mais celles-ci n’ont pas leur place dans cet article. Néanmoins, après ce sixième point, je ne résiste pas à ouvrir ici cette parenthèse lourde de conséquences dans les débats actuels sur les programmes de substitution à la méthadone...

Toxicos. Méthadone et SIDA...

A l’heure où gronde et fait parfois rage le débat qui oppose les tenants et les adversaires des programmes de substitution à la méthadone ! Plus de risques de SIDA et plus d’ennuis avec les forces de l’ordre ! Bien sûr, plus de médecins taxés de « dealers » par les adversaires de la méthadone. Et même les vrais dealers eux-mêmes n’ont plus de raison d’être ! On croit rêver, direz-vous... mais ce n’est pas un rêve. Pour réaliser cela, il faut et il suffit d’une personne déjà formée en PNL et entraînée à repérer la SK d’un toxicomane désireux de décrocher et, disons, de trente à quarante cinq minutes devant soi. On a tous les avantages de la méthadone sans les inconvénients et une procédure comme celle-là pourrait être mise en place en quelques mois.

Bien sûr, cette procédure n’est pas un traitement, mais rien n’empêche ensuite le toxicomane d’entreprendre la thérapie complète, selon le modèle PNL, qui, elle, ne prendrait... que quelques jours !*

Stratégie d’alcoolisation, Compulsion et SK.

Comme je l’ai annoncé dans l’introduction, ce dernier paragraphe est destiné à situer la SK dans le cadre de la dissociation PS/PA et à la distinguer des mécanismes de la stratégie d’alcoolisation et de la compulsion que connaît déjà le lecteur de LA TEMPÉRANCE.

Selon les contextes de la vie courante, Natacha doit faire appel, soit à des ressources qui sont sur PS, soit à des ressources que possède PA.
Pour reprendre le cas concret où elle est seule, chez elle, dans son salon, nous allons imaginer que nous disposons d’une sorte de microscope permettant de suivre les étapes dans l’ordre où elles se produisent...

Natacha, sobre, est dans son salon. La solitude lui est insupportable (K-). Elle ne sait pas gérer cette solitude. Natacha en a fait l’expérience des milliers de fois. Alors, PS déclenche une stratégie d’alcoolisation destinée à lui donner envie de boire... Mais ce n’est là qu’une simple envie et si elle en restait là, elle pourrait y résister relativement facilement. A elle seule, cette envie ne suffit pas pour déclencher l’alcoolisation. Cette stratégie d’alcoolisation est une succession d’étapes mentales, plus ou moins longues, mais qui se termine par une image précise : elle se voit déjà en train de boire. (elle se voit, là-bas, près du bar du salon et elle se voit boire : elle est encore dissociée). On pourrait dire que PS imagine PA...

A ce moment précis, en une fraction de seconde, alors qu’elle n’a pas encore bougé du fauteuil dans lequel elle était assise, elle "saute dans cette image mentalement... Elle ne se voit plus, elle est en train de boire, elle boit déjà. Elle est maintenant dans cette réalité virtuelle : elle la vit.. Elle est associée.

Gelons un instant ce moment où elle est associée. Que se passe-t-il, en elle ? la bouteille de Vodka s’approche d’elle en un éclair, reprend sa place, s’approche encore et encore. Elle lui saute aux yeux. (cf n°2 et 3 de LA TEMPÉRANCE). Vous avez reconnu là, la submodalité qui déclenche en elle l’attraction irrésistible vers l’alcool. Elle ne peut plus ne pas boire. Ce qu’elle ressent est impératif, compulsif et s’ajoute à l’envie de boire qu’elle avait déjà. Vous avez reconnu ici la compulsion, mécanisme ultra-rapide et ponctuel. A cet instant précis, PA est passée aux commandes et PS s’est éclipsée. La compulsion déclenche le comportement d’alcoolisation...

Dans cette réalité virtuelle elle boit déjà mentalement, ce qui explique fort bien que les effets psychotropes de l’alcool soient souvent ressentis avant l’ingestion réelle du produit.

La SK se déclenche automatiquement. D’ailleurs Natacha, disait elle-même : « Rien qu’à y penser, ça va déjà mieux ! »

Un observateur extérieur, s’il était là ; pourrait dire « Ca y est, elle est déjà dans les vignes du Seigneur ! Elle est partie, elle est ailleurs... »
La stratégie d’alcoolisation appartient à PS ; compulsion et Séquence Kinesthésique sont le propre de PA. Le moment précis où PS laisse la place à PA se situe entre deux images :
..........................

Replacez tout ceci dans le cadre des intentions positives qui animent PA et PS, dans celui de la dissociation en tant que mécanisme de survie et il ne nous reste plus qu’à répondre à une question : comment cet état dissociatif est-il apparu ? Comment le concevoir ? Ce sera le sujet de mon prochain article.

Michel FACON.

*La revue LA TEMPÉRANCE a édité une suite d’articles sur PNL et Alcoologie.

Ces modèles sont appliqués au cours des séminaires « En finir avec les dépendances » (alcool, anorexie/boulimie, drogue, etc.) à LA TEMPÉRANCE

I.E.P.N.L. - LA TEMPÉRANCE

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