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Les Ivresse mentales : Nature, Processus et Utilité

Après la parution de mon ouvrage : « l’Alcool, toi, moi et les Autres », je peux dire que le chapitre consacré à l’utilisation de la PNL (Programmation Neurolinguistique) en alcoologie est un de ceux qui ont suscité le plus de réactions -enthousiastes ou critiques !

Pourquoi ?

Parce que la PNL s’intéresse davantage aux résultats qu’à la théorie ? Parce qu’elle introduit de nouvelles données et que les notions nouvelles demandent toujours du temps avant de se faire admettre. Parce que, grâce à cette technique, des problèmes peuvent être solutionnés avec une grande rapidité -par rapport à d’autres thérapeutiques- et cela, sans souffrance ?

Autant de réponses possibles... Toujours est-il que convaincus de l’intérêt de cette pratique, Michel FACON et moi-même avons décidé, par le support de la revue :

  • d’apporter une information précise et la plus concrète possible sur les moyens utilisés et les résultats obtenus.
  • d’ouvrir le débat sur cette pratique.

Elisabeth FRIT

Le concept « d’ivresse mentale » se réfère à un phénomène d’apparence mystérieuse, bien connu des « alcooliques » abstinents et difficilement compréhensible dans le cadre de la pense médicale classique. Elle est encore baptisée rechute sèche, syndrome sub-aigu alcoolique, remontée de l’alcool ou même familièrement : cuite-sèche (dry drunkenness ou dry drunk en anglais). Elle surgit tout à coup, sans raison apparente et en l’absence de toute consommation d’alcool. Elle surprend autant l’alcoolique qu’elle terrorise son entourage et rend l’alcoologue peu averti quelque peu... soupçonneux.

L’ivresse mentale est rarement abordée dans les traités d’alcoologie ; quand elle l’est, c’est sur un mode plutôt fantaisiste qui en dit long sur les incertitudes du monde médical à son sujet : "les rechutes sèches, surtout chez l’alcoolique, peuvent apparaître entre le 21ème et le 27ème jour qui suit le sevrage, parfois entre les 43ème et 50ème jour, souvent tous les deux mois environ après le début du traitement pendant un an, puis tous les trois mois la deuxième année et enfin tous les six mois la troisième année. Dans quelques cas rares, elles peuvent survenir de nombreuses années après le début de l’abstinence (10, 20 ans et parfois plus.*) Ces ivresses mentales sont souvent décrites comme des crises dont on décline d’ailleurs les symptômes : perte de l’appétit, impatience, colères subites, ressentiments non-motivés, sueurs, soif brûlante, tremblements...
La PNL éclaire d’un jour nouveau les ivresses mentales et montre combien elles peuvent être précieuses au cours du processus psychothérapique. Elle nous en démontre le mécanisme précis, nous aide à les déclencher et à les stopper volontairement. De plus, elle nous permet de concevoir comment elles peuvent se déclencher, en apparence selon le hasard.

La rechute sèche et les avatars de l’abstinent

Tous les signes de l’alcoolisme sont là, mais il n’a pas bu la moindre goutte. Et il jure qu’il n’a rien consommé ! Comment l’entourage pourrait-il croire une chose pareille ? Saoul sans avoir bu ? Mais tu te fiches de nous ! Pourquoi ne pas avouer ? Cela peut arriver à n’importe qui, après tout. Défaillance, mauvais moment, signe de mauvaise volonté : tout y passe, le pire et le meilleur (rarement le meilleur, hélas !). Est-il retombé dans le péché ? La rechute, c’est la réapparition de la « maladie » que l’on croyait guérie ou « stabilisée » (une stabilisation qui peut toujours se déstabiliser...)

Rechuter, c’est choir, déchoir, tomber, retomber... La rechute présuppose une chute antérieure. Le voilà qui a remis ça ! Et il nous a fait ça, à nous ! La chute c’est aussi le péché originel, la capitulation et même le déchet. La chute, c’est le mouvement de ce qui tombe. Certains alcoologues, peu enclins à la moralisation, recadrent la rechute auprès du sujet en « accident de parcours » ou « réalcoolisation ». Si ce recadrage est tout indiqué pour le sujet lui-même, concernant le praticien en alcoologie, la rechute devrait être le signe d’une psychothérapie qui n’a pas eu d’effets psychothérapiques.

L’alcoolique seul sait qu’il n’a pas bu. Un mécanisme bizarre s’est déclenché en lui, d’un seul coup, sans avertissement aucun. Il ressent les effets psychotropes d’alcool sans en avoir absorbé la moindre goutte ! Comment faire croire cela à l’entourage ? Dès lors, on comprend la kyrielle des « symptômes » : nervosité, irritabilité, ressentiments, impatience... Au point de vue strictement PNL, on retiendra pour le moment ceci : une personne abstinente, dans un environnement donné, perçoit, interprète ce qu’elle a perçu et se trouve être la proie d’un état interne particulier, difficilement gérable. En d’autres termes, la personne sobre (PS) est contrainte de passer le relai à la personne alcoolique (PA) ; une stratégie d’alcoolisation se déclenche, doublée sans doute, à un niveau sous-jacent par une « compulsion » et le sujet ressent les effets psychotropes de l’alcool ! L’entourage réagit le plus souvent par la frayeur ; il est quelquefois secrètement content...

Bien des drames pourraient être évités si le mécanisme de l’ivresse mentale était connu ... et reconnu ! La rechute, qu’elle soit sèche ou alcoolisée, est pour nous le signe que l’intégration de PA et PS est encore à faire. La fréquence des réalcoolisations, sous une forme ou une autre, montre seulement que la grande majorité des psychothérapies d’alcooliques ne sont pas « intégratives » et que la dissociation n’est pas prise en compte.

Une cuite sèche purement gratuite

On se souvient de l’article « S’alcooliser sans boire ou se droguer sans drogue... » paru dans le n°11 de la TEMPÉRANCE.

Le texte traite de la séquence kinesthésique (SK), c’est-à-dire de la séquence des ressentis décrits sur le nom d’effets psychotropes de l’alcool. Nous reprendrons ici la SK de Natacha comme exemple.

K1 (picotements dans la mâchoire)->K2 (picotements dans la tête)->K3 (tremblement labial)->K4 (chaleur descendant le long de la ligne médiane du corps)->K5 (diffusion de la chaleur dans le ventre et bas-ventre)->K6 (chaleur dans tout le corps).

Cette SK se caractérise par la nature des ressentis et leur succession. L’apparition d’un élément de la chaîne déclenche toute la série des autres éléments et certains bouclages renforçateurs peuvent apparaître :

Ex : K1->K2->K3->K4->K5 dans lequel K3 renforce K2.

C’est ainsi que l’on pourrait aisément concevoir qu’apparaisse chez Natacha un tremblement labial voisin du K3 de sa SK. Celui-ci, apparu par hasard dans un certain contexte, pourrait structurer K2 et déclencher toute la chaîne... La cuite sèche serait alors totalement gratuite !

La cuite sèche, comme solution...

Mais la cuite sèche, manifestée par la SK précédente, peut aussi marquer que l’alcoolique utilise la meilleure solution présente à son répertoire pour se dissocier lorsque la situation l’exige. Souvenons-nous que la dissociation est un apprentissage, fait sous le sceau de l’urgence, lors de la survenue de traumatismes particulièrement sévères. La dissociation n’est pas la conséquence de l’alcoolisation, même si celle-ci peut en faciliter l’apparition. Le phénomène de l’ivresse mentale montre que l’alcool, en tant que produit, n’est pas nécessaire au déclenchement des effets psychotropes. L’alcoolique, même abstinent, est toujours capable de déclencher une dissociation ; (De là, peut-être, l’expression si peu élégante « d’alcoolique sec... »).

Comme la rechute alcoolisée, la cuite sèche est une solution pour l’alcoolique et un problème pour son entourage.

Les maladresses du praticien en alcoologie...

La cuite sèche peut survenir par pur hasard, un ressenti quelconque venant déclencher la SK, elle peut constituer, comme on vient de le voir, une solution dans un contexte difficile à opérer. Elle peut aussi, à l’occasion et par inadvertance, être provoquée par un praticien en alcoologie.

Combien de fois ai-je vu et entendu un praticien en alcoologie, pourtant animé des meilleures intentions du monde, à deux doigts de déclencher une ivresse mentale ? Plus le praticien en alcoologie est spécifique dans ses questions, plus il a tendance à déclencher une stratégie d’alcoolisation et la séquence des effets psychotropes qui s’en suit.

Les praticiens en alcoologie qui courent le risque sont paradoxalement les plus consciencieux, c’est-à-dire ceux qui cherchent à obtenir une description des contextes dans lesquels a lieu le recours à l’alcool. Ce sont aussi ceux qui incitent le sujet à analyser sa relation à l’alcool. (Qui ? où ? Quand ? Avec qui ? Que vois-tu ? Que ressens-tu ? etc... etc...). On sait que, pour répondre honnêtement à ce genre de questionnement, l’alcoolique doit nécessairement revivre mentalement l’évènement (s’associer). Dès lors, il n’y a rien de surprenant à ce qu’il ressente à nouveau les effets de l’alcool. J’ai souvent conduit de tels entretiens, autrefois, avant la PNL. Je croyais sincèrement faire bien. Dès lors, je m’étonnais lorsque le sujet s’était réalcoolisé en sortant de mon bureau !

Mais on peut aussi, délibérément, provoquer une ivresse mentale avec un objectif thérapeutique précis...

La cuite sèche, un levier pour la thérapie...

On sait que le praticien en alcoologie formé en PNL va tout d’abord chercher à réduire la dissociation séquentielle, c’est-à-dire faire en sorte que les parties PA et PS soient présentes simultanément. Cette manoeuvre est la première étape conduisant vers la réconciliation des parties et vers leur intégration en une « Nouvelle Partie ».

Pour déclencher une cuite sèche, le praticien en alcoologie va utiliser les modalités du langage de sorte que l’alcoolique va progressivement (ou brutalement) s’associer dans un contexte d’alcoolisation. En voici un exemple : « Et tu es maintenant dans ton bar préféré... debout... au comptoir... tu vois ce qu’il y a à voir devant toi et autour de toi... tu regardes la personne qui te sert.. le verre posé sur le comptoir... un demi... tu vois les habitués de ce bar et tu les entends... tu t’imprégnes des bruits du bar... de l’odeur de fumée et d’alcool... tu y es...là, devant toi, tu vois ce demi... constate la forme du verre... la couleur de la bière... la transpiration sur le verre... les reflets de lumière... tu te sens en train de faire le geste de saisir le verre... dès lors, tu sens sa forme dans ta main... tu sens sa fraîcheur... l’odeur de la bière... et tu bois, tu bois, tu bois... un demi, un autre... et un autre encore... Et dès que le demi est posé sur le comptoir, tu le vois d’un seul coup grandir et se rapprocher de toi.. et tu bois, tu bois... » etc... etc... le sujet présente bientôt toutes les manifestations d’une alcoolisation et le praticien en alcoologie ancre la PA. Il suffira ensuite d’ancrer la PS. Cette manoeuvre est l’une de celles qui permet d’avoir à faire à la fois à PA et à PS... condition sine qua non de l’intégration.

Un état interne difficile à gérer...

Leslie CAMERON BANDLER définit l’Etat Interne (EI) comme « ce que ressent un sujet à un moment donné ». Cet EI est lié à ce que ce dernier est capable (ou incapable) de faire dans son environnement ; il est, par ailleurs, déterminé par ses croyances et ses valeurs. L’expérience de référence qui nous retient ici est celle d’un contexte particulier : l’alcoolisation. Comment se représenter la succession des opérations ? La PS perçoit la situation (VAKO externe), s’empresse de l’interpréter (VAKO interne) et accorde une signification à ce qu’elle perçoit en fonction du critère qu’elle emploie pour évaluer la situation. C’est donc sur la vague de fond de l’EI désagréable que va s’enclencher la PA selon des processus que connaissent déjà les lecteurs de la TEMPERANCE (N°11).

L’EI qui conduit à l’alcoolisation possède une structure bien particulière, différente, bien sûr, d’un sujet à un autre. Changer cet EI serait donc rendre l’alcoolisation inutile. C’est ce à quoi s’attache à parvenir le praticien en alcoologie PNL en détectant les critères auxquels la personne se réfère, puis en réaménageant le système des croyances et des valeurs du sujet.

En fait, la pratique montre que le critère employé par la PS pour attribuer une signification à ce qu’elle perçoit n’est que le premier maillon d’une chaîne de critères et de valeurs de plus en plus importants. Le praticien en alcoologie peut mettre en évidence cette chaîne par un questionnement ad hoc. Le procédé, qui n’est pas sans évoquer celui par lequel on met au jour la chaîne des intentions positives de PA, ne saurait avoir sa place dans cet article (réf. N°10 de LA TEMPÉRANCE).

Conclusion et hypothèse à vérifier

La PNL permet de comprendre la nature et le processus de l’ivresse mentale. Elle répond aussi, on l’a vu, à la question : à quoi peut bien servir ce phénomène en pratique alcoologique ?

Quant à l’EI dont il a été question, on sait qu’il est composé, comme tout EI, par des sous-modalités : intensité, rythme, expérience de référence, implication, modalité, motivation, cadre et référence au temps... Il semblerait que l’EI désagréable qui conduit à l’alcoolisation incontrôlée ne soit pas sans évoquer celui qui apparaît lors du traumatisme qui est à l’origine de la dissociation séquentielle.

Les deux EI pourraient bien être, soit rigoureusement identiques, soit ne différer que par quelques sous-modalités. Si cette hypothèse venait à se confirmer, l’EI constituerait le pont entre le traumatisme initial et les difficultés rencontrées aujourd’hui dans certains contextes.

Michel FACON.

* Page 257, « Abrégé d’alcoologie ». 1984-1990, J.P. FERRANT et J.Y. BERNARD.

*La revue LA TEMPÉRANCE a édité une suite d’articles sur PNL et Alcoologie.

Ces modèles sont appliqués au cours des séminaires « En finir avec les dépendances » (alcool, anorexie/boulimie, drogue, etc.) à LA TEMPÉRANCE

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