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La Compulsion à s’alcooliser (I)

Après la parution de mon ouvrage : « l’Alcool, toi, moi et les Autres », je peux dire que le chapitre consacré à l’utilisation de la PNL (Programmation Neurolinguistique) en alcoologie est un de ceux qui ont suscité le plus de réactions -enthousiastes ou critiques !

Pourquoi ?

Parce que la PNL s’intéresse davantage aux résultats qu’à la théorie ? Parce qu’elle introduit de nouvelles données et que les notions nouvelles demandent toujours du temps avant de se faire admettre. Parce que, grâce à cette technique, des problèmes peuvent être solutionnés avec une grande rapidité -par rapport à d’autres thérapeutiques- et cela, sans souffrance ?

Autant de réponses possibles... Toujours est-il que convaincus de l’intérêt de cette pratique, Michel FACON et moi-même avons décidé, par le support de la revue :

  • d’apporter une information précise et la plus concrète possible sur les moyens utilisés et les résultats obtenus.
  • d’ouvrir le débat sur cette pratique.

Elisabeth FRIT

Pour comprendre pleinement ce qu’est la compulsion à l’alcool et quels en sont les rouages, le thérapeute PNL doit être capable de répondre concrètement à la question : « Que fait M. X. dans sa tête, à son insu, pour se déclencher une envie irrésistible de boire ? » La description du processus doit être obtenue en termes sensoriels (visuel, auditif, kinesthésique).

En effet, seul, le patient sait ce qu’il fait, mais il ne sait pas qu’il le sait !
C’est dire que pour dégager le mécanisme compulsionnel, il convient d’obtenir sa collaboration et sa confiance totale. Sans ces conditions le travail qui va suivre est impossible.
Dans ce premier article, l’exemple de Marcel va vous montrer, sur le vif, comment s’y prend le thérapeute pour :

a) Mettre en évidence les rouages de la compulsion,

b) et du même coup, rendre cette compulsion consciente pour Marcel.

Quelques généralités aideront le lecteur à suivre ce cas.

QU’EST CE QUE LA COMPULSION ET COMMENT ELLE FONCTIONNE

Pour affirmer qu’il s ’agit bien d’une compulsion, quatre éléments sont nécessaires. De plus, ces éléments s’organisent en séquence, c’est-à-dire les uns après les autres, dans l’ordre suivant :
1. Il y a tout d’abord « la représentation de l’objet de la compulsion ». Elle est le plus souvent visuelle (V), comme c’est le cas pour Marcel. Mais elle peut aussi, plus rarement, être auditive (A)(Ex : ) ou kinesthésique (K)(Ex :..).
Ex de représentation visuelle : le sujet « voit », mentalement, un verre ou une bouteille.

2. « A son insu, le sujet altère cette représentation interne » d’une façon spécifique et ultra-rapide. Le changement s’effectue sur une submodalité de la représentation. (C’est-à-dire sur une des composantes de la représentation). Dans le cas d’une représentation visuelle, le changement porte sur des éléments comme la luminosité, la brillance, la taille de l’image, la distance de l’image, etc... c’est la variation ultra-rapide de l’une de ces submodalités qui déclenche :

3. Le ressenti compulsif :
Celui-ci est à distinguer d’emblée d’un simple « désir d’alcool » auquel le sujet pourrait aisément résister. Il s’agit en fait de cette ENVIE IRRESISTIBLE, de cet état interne (K) CONTRAIGNANT dont j’ai fait état dans mon premier article. Traduit en mots, c’est un vécu de l’ordre de « je ne peux pas ne pas boire », redoublé peut être d’une sorte de « je ne sais pas - ou je ne sais plus - comment pouvoir ne pas pouvoir ». Ce que ressent le sujet c’est une sorte de nécessité absolue avec impossibilité de s’y soustraire... La personne n’a pas le choix et ce vécu contraignant la conduit au :

4. Comportement compulsif :
C’est à dire à l’ACTE de s’alcooliser. Le lecteur notera que seule, cette 4ème étape est visible, le cas échéant, par un observateur extérieur.
Les étapes (1) et (2) appartiennent au processus mental interne. L’étape (3), kinesthésique, correspond à l’état interne. Quant à la 4ème étape, c’est celle du comportement externe, c’est à dire ce que FAIT le sujet.
Le cas de Marcel, que nous allons lire maintenant, est un cas simple et courant en alcoologie clinique...

MARCEL OU « LE DEMI QUI SAUTE AUX YEUX »

Nous sommes dans un atelier d’une dizaine de personnes. Je viens de parler de la compulsion et j’ai donné quelques exemples concrets. Manifestement, chacun se sent concerné. Je demande :

  • « Qui veut savoir comment il s’y prend pour SE déclencher cette envie dingue de boire ? »
    Comme à l’école, quelques personnes lèvent la main. Je choisis Marcel...
  • Marcel : « je ne peux pas m’empêcher... c’est vrai... c’est plus fort que moi... »
    Marcel regarde fixement devant lui, comme s’il regardait quelque chose à 1 m devant lui...
  • Thérapeute : "Qu’est ce que tu VOIS en ce moment ? Quelle est l’image qui est devant toi ?
  • Marcel : « je vois un demi de bière... c’est en couleur... je vois la forme du verre, le carton sous le verre, la mousse et même les gouttes de »transpiration« sur la paroi du verre... l’image est à environ 1 m -1 m 50 devant moi... » (il fait des gestes montrant la direction dans laquelle il voit ce demi).
    Thérapeute : « OK ! Est-ce que tu peux laisser un moment ce verre de côté et te faire une image d’une autre boisson, ou d’un aliment... que tu peux tout aussi bien consommer ou ne pas consommer ? Choisis ce que tu veux pourvu que ce soit quelque chose de NEUTRE pour toi ».
  • Marcel : « je vois un pot de yaourt... je peux le prendre ou ne pas le prendre ».
    Thérapeute : « très bien... comment se présente cette image du pot de yaourt ? »
  • Marcel : "elle est plus à gauche et un peu plus haute... plus loin que celle du demi... à 2 ou 3 m elle est moins nette et il y a moins de couleur... elle est aussi plus petite...
    La direction du regard confirme que cette image est localisée plus à gauche et un peu plus haut par rapport à l’image du demi.
    Thérapeute : "Est-ce que tu constates d’autres différences entre cette image du yaourt et celle du demi ?
  • Marcel : « Oui... l’image du demi est plus brillante et plus lumineuse... »
    (A l’intention du lecteur, il faut préciser que toutes les personnes de l’atelier sont entraînées à comparer des images de cette manière. En PNL, ce travail porte le nom « d’Analyse de Contraste » et a pour but de relever les dif¬férences et termes de submodalités).
    Au fur et à mesure que Marcel énonce les différences, le thérapeute les fait apparaître sur un tableau.

(tableau)

Le lecteur remarquera que le cerveau de Marcel ne code pas de la même façon le demi et le pot de yaourt. Cette comparaison, submodalité par submodalité, fait apparaître LES DIFFERENCES.
Thérapeute : "est-ce que tu vois d’autres différences dont on n’aurait pas parlé ?

  • Marcel : « euh... eh bien... ça fait comme si le demi me sautait aux yeux... avec le yaourt ça ne fait pas la même chose ».
    Thérapeute : « peux-tu préciser un peu... si ça devait me faire la même chose, à moi, qu’est-ce qu’il faudrait que ça me fasse ? »
  • Marcel : « eh bien... il faut que je t’explique... il y a le demi, posé là, sur la table, devant moi... d’un seul coup, le demi fonce vers moi... mais tout seul... la table, elle, elle reste où elle est ! »
    (A ce moment précis, Marcel passe furtivement la pointe de sa langue sur ses lèvres et son visage rosit...)
    Ayant obtenu assez d’informations en ce qui concerne la représentation visuelle, le thérapeute s’oriente vers les représentations auditives et kinesthésiques.
    Thérapeute : « quand tu es devant ce demi, y-a-t-il des sons ou des choses que tu te dis dans la tête ? »
  • Marcel : « non. Il n’y a rien ».
    Thérapeute : « y-a-t-il quelque chose que tu sens, en dehors, bien sûr, de cette envie dingue de boire ? »
  • Marcel : « quand je vois ce demi, j’ai très envie de le prendre : » (sa main amorce le geste de s’emparer du verre).
    Thérapeute : « OK. Mais ça, c’est la compulsion elle-même ! »
    C’est le moment pour le thérapeute PNL de faire varier chaque submodalité visuelle, l’une après l’autre, l’augmentant et la diminuant, afin de repérer celle qui déclenche à coup sûr cette envie dingue de boire...
    Thérapeute : « peux-tu revoir ce demi, là, sur la table ? »
  • Marcel : « çà y est ! »
    Thérapeute : « est-ce que tu peux augmenter la luminosité de cette image ? »
  • Marcel : « je l’ai fait juste quand tu l’as dit... ça me donne un peu plus envie mais ça ne suffit pas pour prendre le verre... »
    Thérapeute : « diminue la luminosité maintenant... que se passe-t-il ? »
  • Marcel : « là, je n’ai plus envie du tout... »
    Thérapeute : « c’est bien. Remets la luminosité exactement comme elle était au début... »
    Les autres submodalités visuelles (taille de l’image, etc.) sont testées de cette manière, jusqu’à ce que ... quelques minutes plus tard :
    Thérapeute : « rapproche très vite ce demi de toi ! »
    (Marcel passe la langue sur les lèvres... son visage rosit à nouveau)
  • Marcel : « alors là, j’ai très envie... le demi devient plus grand et plus lumineux en se rapprochant ! »
    (il porte légèrement la tête et le haut du corps en arrière).
    Marcel a maintenant trouvé précisément la submodalité qui déclenche chez lui cette envie irrésistible de boire. Il s’étonne lui-même de ce processus. Il sait maintenant ce qu’il faisait, sans jamais s’en être rendu compte jusqu’ici, pour se déclencher cette envie irrésistible de s’alcooliser.
    Cet exemple a été retranscrit à partir de la réalité clinique. Le moment de cette découverte que l’on peut calibrer par l’expression et les différents signes du visage (« passage de la langue sur les lèvres, coloration »il rosit") demanderait à être vu en vidéo.
    Dans la description de l’accompagnement thérapeutique, seul a été sauté le passage au cours duquel le thérapeute vérifie une à une chaque submodalité.
    REMARQUES
    Comme le montre cet exemple, le langage employé par le sujet reflète parfois la submodalité responsable de la compulsion. (« Le demi me saute aux yeux »). L’écoute littérale est très importante en PNL car elle oriente vers le processus sensoriel sous-jacent : Marcel voit la table et le demi. Le demi se détache de la table, s’avance très très vite vers Marcel alors que la table ne bouge pas.
    L’intervention est directive. Cela nécessite d’avoir préalablement établi un excellent rapport de confiance avec le sujet. Il convient, en effet, que le patient suive très précisément les consignes données par le thérapeute et reste au niveau SENSORIEL de l’expérience (V.A.K.O.G.).
    Le lecteur doit comprendre que plus Marcel rapproche ce demi et que plus ce rapprochement se fait rapidement, plus le ressenti (K) de la compulsion est intense ! Il est quasiment impossible à Marcel d’enrayer ce processus une fois qu’il est déclenché. Seules les précautions prises en situation thérapeutique empêchent l’ACTE d’alcoolisation.
    Le lecteur intuitif et astucieux peut aisément concevoir que ce mécanisme peut se déclencher dans bon nombre de situation de la vie quotidienne, (et en particulier à partir de paroles anodines de l’entourage).
    Si l’écoute littérale est importante, l’OBSERVATION minutieuse du « non-verbal » l’est encore plus : mimiques, gestes, positions du corps etc... Par exemple, quand Marcel dit que « le demi lui saute aux yeux », il montre, sans s’en rendre compte, ce que fait ce demi, en rapprochant la main de son visage.
    Avec Marcel, il s’agit d’une compulsion à s’alcooliser. Un mécanisme analogue est en jeu pour d’autres comportements compulsifs : drogues diverses, nourriture, se ronger les ongles, se mettre en colère etc...
    Cet article met en évidence le processus de la compulsion.
    Le prochain article montrera comment s’y prend le thérapeute pour ELIMINER cette compulsion.

Suite de l’article dans le N°3 de la revue LA TEMPÉRANCE

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