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Avec la PNL... Un fragment d’alcoologie

Après la parution de mon ouvrage : « l’Alcool, toi, moi et les Autres », je peux dire que le chapitre consacré à l’utilisation de la PNL (Programmation Neurolinguistique) en alcoologie est un de ceux qui ont suscité le plus de réactions -enthousiastes ou critiques !

Pourquoi ?

Parce que la PNL s’intéresse davantage aux résultats qu’à la théorie ? Parce qu’elle introduit de nouvelles données et que les notions nouvelles demandent toujours du temps avant de se faire admettre. Parce que, grâce à cette technique, des problèmes peuvent être solutionnés avec une grande rapidité -par rapport à d’autres thérapeutiques- et cela, sans souffrance ?

Autant de réponses possibles... Toujours est-il que convaincus de l’intérêt de cette pratique, Michel FACON et moi-même avons décidé, par le support de la revue :

  • d’apporter une information précise et la plus concrète possible sur les moyens utilisés et les résultats obtenus.
  • d’ouvrir le débat sur cette pratique.

Elisabeth FRIT

Dans les précédents numéros de la revue LA TEMPÉRANCE*, nous avons mis en évidence la présence des deux parties PA et PS (Partie « Alcoolique » et Partie « Sobre ») chez la personne alcoolique et montré l’importance de réconcilier ces deux parties qui ne sont habituellement jamais présentes en même temps (Intégration des Parties), afin de pouvoir dialoguer avec la personne et entamer un travail, en utilisant certains outils spécifiques de P.N.L...

Je conseille vivement au lecteur de relire attentivement l’article précédent : Partie « Alcoolique » et Partie« Sobre ».

L’article d’aujourd’hui est la retranscription d’une séquence clinique. J’invite le lecteur à faire comme si il était présent pendant la séance de travail avec Eliane. Une appréciation pleine et entière de ce fragment de clinique alcoologique nécessiterait la vidéo. La séquence clinique suit quelques généralités sur l’approche P.N.L en alcoologie. Les chiffres entre parenthèses renvoient aux commentaires.
Que Fait exactement l’alcoologue ?

Il regarde, écoute, reformule ce que dit son vis-à-vis et pose des questions. Celles-ci sont destinées à recueillir les informations dont il a besoin. Il se garde de toute interprétation et de tout commentaire portant sur ce que dit la personne alcoolique.

L’alcoologue formé à la P.N.L. applique une méthode précise. Il sait où il va et où il veut conduire son vis-à-vis. Il cherche délibéré¬ment à influencer ce dernier et il le fait avec intégrité et respect (notion « d’écologie ») en tenant compte de l’objectif du patient. (Le travail sur l’objectif consiste à lui faire définir, à l’aide de questions précises : comment passer de son état présent à un état désiré (objectif) dont il peut ne pas avoir encore conscience (ou dont il ne mesure peut-être pas toutes les implications). Nous reparlerons plus longuement de ce travail essentiel, ultérieurement.

La toute première chose qu’il fait, c’est établir le rapport avec son interlocuteur de façon à enclencher une relation de confiance. (Établir cette relation est essentiel pour l’efficacité du travail thérapeutique).
Pour créer ce rapport et le maintenir au cours du travail, il utilise une procédure sophistiquée connue en P.N.L. sous le terme de « synchronisation ». Celle-ci consiste à observer l’interlocuteur et à refléter en miroir sa posture globale, ses gestes, le ton et le rythme de sa voix, le rythme de sa respiration et d’autres paramètres encore... Il utilise également la synchronisation verbale : pour cela, il repère préalablement les prédicats employés par son interlocuteur et utilise lui-même des mots qui appartiennent au même registre (Visuel, Auditif ou kinesthésique : V, A ou K).
Le lecteur comprendra ce que cela demande d’observation, d’adaptation et de flexibilité à chaque instant.
Les questions que pose l’alcoologue sont de différentes sortes. Certaines sont destinées à recueillir l’information nécessaire à la résolution des problèmes, d’autres à faire dire à la personne alcoolique ce qu’elle veut (précision de l’objectif), d’autres encore ont pour but de l’amener à élargir son modèle du monde et par conséquent à lui rendre possible des comportements nouveaux là où il se croyait limité. C’est seulement lorsque ce rapport est établi que l’alcoologue peut prendre en mains la conduite des interventions sans soulever de « résistances » de la part du patient.
Bien sûr, la séquence suivante est retranscrite à partir du moment où le rapport de confiance avec Eliane était déjà installé.
Eliane, sa honte et son désir « d’éliminer » Pa
(Il s’agit d’une retranscription. Le style oral a été conservé)...
E : Oui, c’est tout à fait ça.

  • C’est un peu comme s’il y avait deux personnes en toi, l’Eliane qui veut boire et l’Eliane qui ne veut pas boire, autrement dit, l’Eliane alcoolique (PA) et l’Eliane sobre (PS). (2)
    Est-ce que c’est facile pour toi de vivre dans cette situation ?
    E : Non, bien sûr, et c’est pour cela que je suis venue !
  • Tu es venue pour cela, mais qu’est-ce que tu veux exactement ?
    E : Par rapport à ces deux Elianes ?
  • Oui, par rapport à ces 2 Elianes.
    E : Ben... je ne sais pas...
  • Tu ne sais pas (3). Imagine que tu as une baguette magique et que tu peux faire tout ce que tu veux avec elle(s). Qu’est-ce que tu fais ? (4)
    E : (En plaisantant) Alors là, je me débarrasse tout de suite de celle qui boit !
  • Tu t’en débarrasses ?
    E : Oui, je l’élimine quoi !... et il ne reste plus que celle qui ne boit pas ! ... celle qui boit me fait honte. (5)
  • Quelle est celle des deux qui a honte de l’autre ?
    E : Eh bien, celle qui ne boit pas bien sûr.
  • Celle qui ne boit pas a honte de celle qui boit (6) et celle qui boit, elle, est-ce qu’elle a honte ?(7)
    E : Ah non alors, elle, elle se fout de tout.
  • A ton avis, en te faisant boire, qu’est-ce qu’elle veut faire pour toi, cette Eliane alcoolique ? quel est son but ? quelles sont ses intentions à ton égard ? (8)
    E : (Surprise) Ce qu’elle veut faire pour moi ? Ses intentions ?
  • Oui, ce qu’elle veut faire pour toi, ce qu’elle veut faire de bien pour toi.
    E : Ben... elle ne veut rien faire de bien pour moi. C’est pour cela que j’ai honte (9) d’elle quand je n’ai pas bu.
  • En ce moment, qu’est-ce que tu vois là-haut ? (10)
    E : Je me vois lorsque j’ai bu et ça me fait honte (11). Je me revois lorsque mon mari a découvert que je buvais...
  • Si je comprends bien, dans cette image, tu te vois et tu vois aussi ton mari, c’est bien ça ?
    E : Oui, c’est ça.
  • Est-ce que tu peux continuer à regarder cette image ? Y a-t-il quelque chose qui attire ton attention dans cette image ? Regarde bien... (12)
    E : J’ai honte... je ne vois rien d’autre.
  • Regarde encore... quelle est ta taille par rapport à celle de ton mari dans cette image ?
    E : Je suis plus petite que mon mari et... (silence. Elle paraît étonnée).
  • Et...?
    E : Ce qui est bizarre c’est que je suis plus petite que je ne le suis dans la réalité... c’est drôle... (13)
  • Je vais te proposer un petit changement, juste pour voir et sentir ce qui va se passer... tout en laissant ton mari à la taille qu’il a, est-ce que tu peux te grandir de telle sorte que tu te vois, face à ton mari, avec ta taille normale par rapport à lui...
    E : (Silencieuse quelques instants) puis : Çà y est, j’ai une taille normale.
  • Et comment te sens-tu en regardant cette image maintenant ? (14)
    E : Ça va maintenant, je n’ai plus honte ! (15)
  • Ok, tu n’as plus honte. Est-ce que tu peux continuer à regarder cette Eliane alcoolique et, tout en la regardant, est-ce que tu peux lui demander ce qu’elle veut faire de positif pour toi, en buvant ? Pose-lui la question en t’adressant à elle, dans ta tête... (16)
    E : C’est drôle, elle ne répond pas mais elle s’est redressée... (17)
  • C’est bien, maintenant que tu n’as plus honte d’elle, elle se redresse et maintenant qu’elle s’est redressée, dis-lui que c’est très important pour toi de connaître ses intentions positives (18) à ton égard... Dis-lui que tu es prête à l’écouter vraiment... et souviens-toi qu’écouter ne veut pas forcé¬ment dire être d’accord... (19)
    E : (Silencieuse. Elle est en dialogue interne.) Elle m’a dit... elle dit... c’est drôle... elle dit qu’elle me fait boire lorsque je suis angoissée...
  • Remercie-la d’avoir bien voulu te dire cela. (Elle la remercie) et toi que penses-tu à ce su¬jet ? (20)
    E : C’est vrai que je suis angoissée très souvent et que dans ces moments-là, je bois.
  • Quelle est l’Eliane qui est angoissée très souvent ? la sobre ou l’alcoolique ?
    E : La sobre bien sûr !
  • Lorsque l’Eliane Sobre est angoissée, alors l’Eliane Alcoolique vient à son secours et pour l’aider, elle a recours à l’alcool, c’est bien ça ? (21)
    E : Oui, c’est bien ça, mais elle boit, et c’est ça qui me faisait honte. (22)
  • Au fond, elle te rend service puisqu’elle t’aide lorsque tu es angoissée. Qu’en penses-tu ?
    E : Oui, vu comme ça, elle m’aide mais...
  • Mais ? (23)
    E : Mais il y a l’alcool.
  • Oui, pour t’aider, elle utilise un moyen : l’alcool. (24)
    Est-ce que tu peux revoir l’Eliane qui s’alcoolise et la remercier de vouloir te désangoisser lorsque tu en as besoin ? Dis-lui que tu n’avais pas compris qu’elle voulait te rendre service, même si tu penses que l’alcool n’est pas forcément le meilleur moyen pour cela.
    E : On dirait qu’elle s’est rapprochée de moi et qu’elle est plus colorée... L’image est plus nette et elle s’est encore redressée. (25)
  • Est-ce que tu peux la remercier d’avoir bien voulu t’écouter ?
    E : C’est fait. Elle est plus brillante encore.
  • C’est bien. Elle sent que tu commences à l’écouter et à la respecter. Tu peux voir qu’elle se sent (26) reconnue pour le service qu’elle te rend !
    E : Je n’aurais jamais cru qu’elle pouvait me rendre service ! (27)
  • Oui, et l’alcool est le moyen qu’elle a utilisé jusqu’ici pour te rendre service. Parmi tous les moyens qu’elle avait, à sa disposition, elle a employé le meilleur (28) même si ce moyen gêne l’Eliane Sobre...
    E : Oui, je comprends et je me sens mieux mais...
  • Mais...
    E : Mais elle va continuer à s’alcooliser alors ?
  • Puisqu’elle te répond... maintenant qu’elle se sent respectée... et que tu n’as plus honte d’elle, peux-tu lui demander si elle serait prête à employer un autre moyen que l’alcool pour continuer à te rendre service lorsque tu es angoissée... un moyen qui serait plus efficace encore que l’alcool ? (29)
    E : (silencieuse un moment...) Elle a dit oui !
  • Ok, remercie-la puisqu’elle est tout à fait prête à collaborer avec toi.
    Eliane a les traits détendus, elle respire mieux et sa peau est légèrement plus rose, sa voix est plus posée. Elle articule mieux et son corps s’est redressé.
    E : C’est fatigant, mais je me sens mieux maintenant. »
    Comme on peut le constater par la réponse obtenue, PA accepte très volontiers.
    Bien sûr, le travail n’est pas terminé. Il convient maintenant de guider Eliane pour effectuer la réunification de PA et de PS (par le Squash visuel).

Comme le lecteur l’a compris, il faudra ensuite apprendre à PA des moyens plus efficaces que l’alcoolisation (Recadrage en 6 étapes).
C’est ce que nous aborderons dans le prochain article.

La revue LA TEMPÉRANCE a édité une suite d’articles sur PNL et Alcoologie.

Ces modèles sont appliqués au cours des séminaires « En finir avec les dépendances » (alcool, anorexie/boulimie, drogue, etc.) à LA TEMPÉRANCE

Flexibilité : Terme employé en P.N.L. pour désigner la capacité à ajuster son comportement en fonction du but que l’on veut atteindre.

Commentaires
(1), (2), (3) sont des exemples de reformulation. Il s’agit de redire en d’autres termes, et avec l’accord d’Eliane, ce qu’elle vient de dire. La reformulation doit contenir l’essentiel du discours d’Eliane.

(4) Le « coup » de la baguette magique aide Eliane à dire ce qu’elle veut. A ce stade du travail, il m’arrive souvent d’employer cette procédure. Les réponses obtenues avec d’autres personnes sont du même style que celles d’Eliane : « je tuerais PA »... « je veux la faire disparaître »... « je veux l’oublier »... etc. Et lorsque la réponse n’est pas verbale, les gestes sont tout aussi éloquents, si ce n’est plus, comme le geste de tirer au revolver sur PA par exemple.

(5) Eliane dit qu’elle a honte. Souvent, lorsqu’une personne a honte, l’expérience montre qu’il y a une distorsion dans l’image qu’elle se représente. Il est possible, comme le montre la suite, de régler ce problème rapide¬ment. Cette honte gêne manifestement Eliane et je prépare ici l’intervention qui lui permettra de continuer le travail avec confort.

(6) En fait, Eliane est dans la peau de PS et voit PA devant elle. En observant les mouvements oculaires d’Eliane, je sais qu’elle a une image devant elle. Cette image, qu’elle décrit d’ailleurs un peu plus loin, provoque cet état interne de honte (c’est-à-dire un kinesthésique désagréable).

(7) Cette question est destinée à vérifier si Eliane fait toujours la distinction entre PA et PS. La honte est bien un sentiment éprouvé par PS et par PS seule¬ment.

(8) Eliane continue à voir cette image qui lui fait honte et cela la gêne toujours pour aller plus loin...

(9) Elle évoque à nouveau sa honte. C’est ici que je décide d’intervenir pour régler ce problème au passage avant d’aller plus loin.

(10) Eliane regarde à nouveau cette image de PA et...

(11) Elle répète à nouveau qu’elle a honte.

(12) Je veux obtenir des précisions sur l’image.

(13) Comme il est dit plus haut, cette disproportion est fréquente lorsqu’un patient évoque la honte.

(14) Je veux vérifier que l’intervention sur la honte est faite et que je peux poursuivre mon travail avec Eliane.

(15) Ce problème est réglé, elle le dit elle-même !

(16) Je reviens à la question posée en (8).

(17) ELiane fait comprendre que PA était sans doute affaissée puisqu’elle se redresse. C’est un effet de l’intervention sur la honte.

(18) Intentions positives : le qualificatif « positives » est une présupposition adressée à PA.

(19) Il s’agit ici d’éviter toute résistance (tu peux écouter ce qu’elle va te dire puisque cela n’engage en rien).

(20) Il convient de bien comprendre qu’il y a trois positions : celle de PA, celle d’Eliane. Il y a aussi des moments où Eliane se met en retrait pour réfléchir : on dit alors qu’elle est en « métaposition » par rapport au conflit entre PA et PS.

(21) Je sépare l’intention de PA du comportement d’alcoolisation. L’intention n’est pas le comportement.

(22) « ...Faisait honte » : Eliane emploie spontanément l’imparfait, ce qui montre que la honte n’est plus présente.

(23) Eliane commence à distinguer l’intention du comportement, mais une partie d’elle-même s’y oppose encore. D’où le « mais... » et le silence qui suit. Ce qui est après le « mais » n’est pas exprimé.

(24) Renforcement afin d’obtenir que l’intention soit mieux séparée du comportement ou l’alcoolisation considérée comme moyen pour réaliser l’intention.

(25) Eliane décrit spontané¬ment les changements de submodalités visuelles après qu’elle se soit adressée à PA. L’auditif interne a modifié les submodalités visuelles : l’image s’est « rapprochée » (distance), elle est plus « colorée » (intensité des cou¬leurs), elle est plus « nette » (flou/net).

(26) « ...tu peux voir qu’elle se sent reconnue... » : noter l’emploi des prédicats visuels et kinesthésiques. PA a un système de représentation principal kinesthésique, mais c’est à PS que je m’adresse, qui, lui est surtout visuel.

(27) Eliane accepte désormais que PA lui rend service.

(28) Il convient désormais de faire accepter à Eliane que PA a jusqu’ici utilisé le meilleur moyen (alcool) à son répertoire, d’où l’idée :
1 PA avait d’autres moyens, mais ceux-ci étaient moins efficaces que l’alcoolisation pour la désangoisser.
2 PA fait de son mieux pour te rendre service.

(29) Puisque PA n’a que d’excellentes intentions à ton égard, utilisons-les et demandons-lui s’il acceptera de mettre en place « un moyen plus efficace que l’alcool ».

(30) « ...avec elle(s)... » : quand Eliane entend « elle », elle ne sait pas si je parle de la baguette magique ou des deux Elianes (PA et PS). cette ambigüité est voulue. Cette pratique est fréquente en P.N.L.

I.E.P.N.L. - LA TEMPÉRANCE

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