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La Bonté Fondamentale

L’amour ou la compassion, le sentier ouvert, sont impliqués dans « ce qui est ». Pour développer l’amour -l’amour universel, l’amour cosmique, appelons-le comme nous voulons- il nous faut accepter l’ensemble de la situation de la vie telle qu’elle est, le lumineux et l’obscur, le bien et le mal.

Le problème fondamental auquel il semble bien que nous soyons confrontés est que nous essayons trop de prouver quelque chose, ce qui relève de notre paranoïa et de notre sentiment de pauvreté. Lorsque nous essayons de prouver ou d’obtenir quelque chose, nous ne sommes plus ouverts : il faut tout vérifier, tout arranger « correctement ». C’est vraiment une attitude paranoïde envers la vie et qui ne prouve rien. Nous arrivons peut-être à battre des records en termes quantitatifs ; nous aurons construit l’édifice le plus haut, nous aurons amassé la récolte la plus gigantesque ; mais qui s’en souviendra lorsque nous serons morts, ou dans cent ans, dans dix ans, dans dix minutes ? Les records qui comptent sont ceux du moment donné, d’ici et maintenant, oui ou non la communication et l’ouverture ont-elles lieu ?

Telle est la voie ouverte, le sentier du bodhisattva. Un bodhisattva ne se soucie pas de recevoir la médaille de tous les bouddhas proclamant qu’il est le meilleur bodhisattva du monde entier ; cela lui est complètement égal. Dans les textes sacrés, on ne trouve pas de bodhisattva recevant des médailles. Et c’est bien normal, puisqu’il ne cherche pas à prouver quoi que ce soit. Le bodhisattva agit spontanément, c’est la voie ouverte. La communication ouverte n’implique aucune précipitation, aucun combat…

Aussi le leitmotiv de la voie ouverte est-il que l’on doit commencer à abandonner la lutte fondamentale pour être complètement ouvert, pour avoir ce type d’absolue confiance en soi qui est le véritable sens de la compassion et de l’amour. Beaucoup de gens vont peut-être se sentir déconcertés, mais j’ai bien peur que l’amour ne se réduise pas à l’expérience de la beauté ou de la joie romantique. L’amour est autant impliqué dans la laideur, la douleur et l’agression, que dans la beauté du monde ; ce n’est pas une récréation du ciel.
La façon la meilleure et la plus correcte de présenter la notion de bonté est de le faire en terme de clarté, une clarté qui contient la chaleur primordiale. A ce stade de la méditation, la pratique est un acte de confiance en soi. Au fur et à mesure que votre pratique imprègne les actes de la vie quotidienne, vous commencez à prendre confiance en vous et à avoir une attitude de compassion. La compassion en ce sens ne consiste pas à vous désoler pour les autres. C’est une bonté fondamentale.

Il y a autant de chaleur que de clarté et d’espace (…) Une fois que nous nous aimons, nous ne pouvons plus garder cette amitié pour nous ; cela déborde et nous rentrons en relation avec le monde. La compassion devient ainsi le pont qui nous relie avec le monde extérieur. (…) Sans ce type d’inspiration et d’ouverture, le sentier spirituel devient le chemin samsarique du désir. On reste piégé dans le désir de s’améliorer. (…) La compassion est ample et généreuse. Lorsque l’on développe une véritable compassion, on ne sait plus si on est généreux envers soi-même ou envers les autres car la compassion est générosité de l’environnement, sans direction, sans « pour moi » et « pour les autres ». Elle est pleine de joie spontanée, de joie constante dans le sens de la confiance, dans la mesure où la joie contient de fabuleuses richesses.
On pourrait dire que la compassion est l’aboutissement de la richesse : une attitude antipauvreté, une guerre contre la manque. Elle contient toutes sortes de qualités héroïques, positives, visionnaires, expansives. (…) La compassion invite automatiquement à entrer en relation avec autrui, parce que nous arrêtons de considérer que les autres nous pompent de l’énergie. Ils nous rechargent en énergie dès lors que dans la relation que nous établissons avec eux, nous reconnaissons notre trésor, notre richesse. Et si nous avons des choses difficiles à faire, avec les gens et les situations de la vie par exemple, nous n’avons pas le sentiment d’épuiser nos ressources. Chaque tâche difficile est pour nous une délicieuse occasion de manifester notre richesse. On ne se sent pas le moins du monde pauvre lorsque l’on aborde ainsi la vie…

CHOGYAM TRUNGPA RIMPOCHÉ
(Lama Tibétain)