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Recadrage des états dissociés, alcoolisme, toxicomanie...5

Ce texte est le cinquième d’une série d’articles parus dans les numéros 19 à 23 de LA TEMPERANCE. Il est reproduit ici dans son intégralité tel qu’il a été publié en octobre 1996.

Ce texte existe maintenant sous une autre traduction en français dans l’ouvrage Le Recadrage.

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Janet : J’ai une patiente qui a été diagnostiquée schizophrène. Elle était sous traitement mais elle l’a interrompu, et elle recommence maintenant à entendre des voix. Ca l’effraie terriblement. Elle est complètement paniquée.

Bien, premièrement elle n’est pas vraiment paniquée. Ce qu’elle ressent est une réponse kinesthésique au fait d’entendre des voix. Au niveau du conscient elle a nommé cette réponse “peur” ou “panique”. Cela peut vous sembler un problème de sémantique, mais ça ne l’est pas du tout. Il y a une énorme différence entre les deux et un recadrage vous démontrera clairement cette différence.

Ma toute première réponse à cette femme serait « Merci mon Dieu les voix sont encore là ! Autrement comment sauriez vous comment vous devez agir ? Comment pourriez vous établir des plans d’avenir ? » Une ou deux générations en arrière, une personne qui entendait des voix était déclarée folle. Ceci est un constatation de combien nous autres,’civilisés’, sommes peu évolués en ce qui concerne la connaissance des mécanismes qui régissent l’esprit humain. Les Voix intérieures sont l’un des trois modes majeurs d’expression de l’inconscient au moyen desquels nous organisons et analysons notre existence. C’est là ce qui nous différencie des autre espèces. Ainsi donc ma première réponse sera « Merci, mon Dieu, et maintenant voyons ce qu’elles cherchent à vous faire comprendre ». Je pourrais ajouter ensuite « Bon, Laissez moi essayer de leur parler, moi aussi. Peut-être possèdent-elles des informations vraiment importantes pour nous. Aussi, s’il vous plaît, rentrez en vous même et demandez à vos voix ce qu’elle essayent de vous dire. »

Janet : « Comment est-ce que je devrais m’y prendre pour tuer ma mère. »

Bien ! Maintenant, demandez aux voix ce que vous apporterait le fait de tuer votre mère ? » Vous vous dirigez maintenant vers le but de la transformation (méta-but). Si une partie de votre moi énonce un but qui est moralement, éthiquement ou culturellement inacceptable, tel que « tuer ma mère », vous devez immédiatement rechercher un cadre, un contexte dans lequel c’est une solution appropriée. Cela peut sembler bizarre à entendre, mais c’est en fait tout à fait approprié dans un contexte donné. La question est alors, pouvez-vous découvrir ce contexte ? « Qu’est-ce que tuer votre mère vous apporterait ? Demandez aux voix, ce qu’elles essaient de vous apporter en vous suggérant de tuer votre mère ».

Il est vraisemblable que la personne vous interrompe alors en disant « Mais je ne veux pas tuer ma mère ! » Vous pouvez alors répondre « Je ne vous dis pas de tuer votre mère, je vous demande de poser cette question aux voix ». Vous devez maintenir la dissociation et procéder, ensuite, à un recadrage en six étapes : « Ces voix sont des alliées. Vous n’en avez pas encore conscience, mais je vais vous démontrer qu’elles le sont. Maintenant, demandez-leur ce qu’elles essaient de faire pour vous ».

Ben : Je travaille actuellement avec un patient qui est un schizophrène chronique. J’ai découvert qu’en fait j’étais en train de me mesurer à sa carrière de treize années en tant que schizophrène avec mon travail sur lui. Au cours de la dernière séance, il ressortait principalement de tout ce qu’il m’a dit qu’il avait énormément investi dans cette carrière. Aussi ai-je applaudi son grand succès à cet endroit.

Ce que vient de dire Ben, est vraiment important. Il a applaudi une carrière de treize ans de schizophrénie. « Comme vous avez bien réussi en tant que schizophrène au cours de ces treize années ».

Il a le même nom de famille qu’une célébrité, et je lui ai dit que sa réussite en tant que schizophrène était tout-à-fait comparable à celle de son homonyme dans sa spécialité ! Cela fait actuellement trente deux ans qu’il est en traitement, mais il n’avait jamais pratiqué une thérapie familiale auparavant. Dans le contexte de la thérapie familiale il m’a expliqué qu’il pensait que sa mère en mourrait si jamais il guérissait et devenait réellement lui-même.

Sa mère était-elle présente lorsqu’il vous a dit ce qu’il pensait ?

Oui, J’ai expliqué qu’elle ne mourrait pas si il allait mieux. De fait, j’ai même dit qu’elle en serait heureuse. Effectivement, la mère est par ailleurs quelque peu confuse quand à son désir de sa guérison. Mais je ne sais pas jusqu’où aller à partir de ça. J’imagine que je ferais bien de commencer à travailler également avec la mère.

OK. Donc, Ben travaille avec un schizophrène, et maintenant, il va travailler aussi avec sa mère. L’étape suivante est de savoir comment il va pouvoir raccrocher les deux. En d’autres termes, la mère dit au schizophrène « Je ne vais pas en mourir si tu te portes mieux ». (simultanément, il secoue la tête en signe de dénégation).

Ben : Je n’avais pas perçu la contradiction de manière aussi flagrante mais je dois avouer que cela me semble en fait très judicieux.

La question est : Est-ce que le schizophrène acceptera cette affirmation contradictoire ? Définitivement non. Le schizophrène est bien plus sensible que vous et moi aux signaux non-verbaux. Il a eu tout une vie pour apprendre à les décrypter.

Une chose que vous pouvez tenter est d’obtenir une réponse cohérente de la part de la mère. Vous pourriez commencer par faire le tri des différentes parties en elle qui souhaitent où ne souhaitent pas sa guérison. « OK ! faites comme si vous souhaitiez qu’il reste malade, maintenant dites-lui toutes les raisons pour lesquelles il serait important qu’il demeure malade ». Elle va sauter : « Mais je ne le souhaite pas », et vous lui répondez alors « Oui, mais cela nous aiderait beaucoup si vous faisiez comme si. » Puis, plus tard, vous direz « Maintenant faites comme si vous vouliez qu’il guérisse. » Elle va immédiatement répondre « Mais c’est ce que je souhaite . » « Bien sûr ; cela vous sera donc encore plus facile pour faire comme si. » La logique de tout ça est fragile et même quelque peu inconséquente. Tout ce qui importe en fait est de l’aider à répondre. Si vous voulez avoir un bon aperçu de ce que peut vouloir dire un ancrage non-kinesthésique, faites passer la mère successivement par ces deux comportement pendant que vous, vous observez le schizophrène. Vous verrez, il aura carrément de la fumée qui lui sortira des oreilles !

Votre but possible, bien sûr, est de rendre le schizophrène indépendant vis à vis de la cohérence de sa mère. En un sens, on pourrait dire qu’atteindre la maturité c’est atteindre un niveau ou la cohérence ou l’incohérence des actes des parents n’a plus de conséquences sur le contexte ou l’élan vital qui anime leurs enfants.

Que le schizophrène croie que sa mère tient à ce qu’il guérisse, ou qu’il croie le contraire, si vous opérez un recadrage vous pouvez prétendre que la raison pour laquelle ce schizophrène tient à le demeurer est qu’il veut faire honneur à sa mère. Son intention est de démontrer combien il l’aime et combien il se sent concerné par son bien-être.

Il ne s’agit ici que d’un recadrage tout à fait standard. Je suis parti d’un exemple de comportement, être schizophrène, pour aller vers l’intention , la motivation de ce comportement. J’ai enfoncé un coin entre le comportement « schizophrénie » et l’intention qui justifie le comportement, puis j’ai validé le résultat. « Vous avez raison ! Ne vous laissez pas perturber en vain, vous aimez votre mère et vous tenez à ce qu’elle vive bien c’est ce que vous voulez lui prouver, du moins c’est ce que je comprend, parce que, moi aussi j’aime ma mère après tout... » Utilisez toutes les analogies de ce genre que vous puissiez trouver et qui s’appliquent au cas particulier de ce gars.

Ensuite insistez sur le fait qu’il doit demeurer schizophrène jusqu’à ce qu’il ait découvert et éprouvé d’autres façons de montrer à sa mère tout le respect et l’attention qu’elle mérite et qu’il veut tant lui donner. Vous insistez sur le fait qu’il doit demeurer dans la schizophrénie jusqu’à ce qu’il ait trouvé d’autres types de comportement qui aient pour résultat : montrer du respect et de l’amour pour sa mère. « Elle mérite ce qu’il y a de mieux. Si la schizophrénie est ce qu’il y a de mieux, alors OK ! vous devez rester schizophrène. Si nous parvenons à trouver un meilleur moyen pour vous de lui prouver votre amour et votre respect, vous voudrez agir de cette autre façon, parce qu’elle mérite ce qu’il y a vraiment de mieux ». En procédant de la sorte, vous agissez entièrement à l’intérieur de son modèle du monde. En même temps, je travaillerais aussi un peu avec la mère pour démêler ses comportements à elle.
Parfois, quand quelqu’un est venu nous voir avec certains aspects de son expérience qui révélaient une dissociation, nous avons choisi de ne pas rechercher à obtenir comme résultat une réintégration totale. Une forte femme hollandaise qui résidait dans ce pays depuis plus de vingt ans nous fut amenée un jour par son mari, parce qu’elle présentait des symptômes de schizophrénie aiguë. Elle entendait des voix qui lui faisaient constamment des propositions d’ordre sexuel, et qui lui tenaient d’incompréhensibles propos lubriques. Elle ne comprenait d’ailleurs même pas le sens de ces propos : elle était une « honnête femme ».

Nombre de psychiatres bien intentionnés avaient essayé d’aider cette femme. Ils lui avaient expliqué que ces voix qu’elle entendait étaient bien en réalité ses voix, et qu’elles étaient la résultante du fait qu’elle était en colère contre son mari parce que ce dernier, dix ans auparavant, avait eu une aventure avec une autre femme. Cette femme était extrêmement religieuse, et en regard de son modèle du monde, cette explication était inacceptable. Sa propre rage lui semblait inacceptable, aussi la projetait-elle dans ses hallucinations auditives. Si elle avait cru que ces voix puissent provenir d’elle, cela aurait fait s’écrouler son image consciente d’elle même. Les voix racontaient des choses et lui proposaient de se livrer à des actes qui lui faisaient profondément horreur à elle, une femme de bien, honnête et religieuse. A essayer de faire admettre ce raisonnement à cette femme, les psychiatres,tout bien intentionnés qu’ils soient, ne faisaient que se précipiter, tête baissée contre un mur de pierre.

« Elle avait dissocié en même temps les sensations (kinesthésique) de la rage et leur représentation auditive. »

Cette femme refusait donc tout net de retourner voir un psychiatre, arguant que ceux-ci n’avaient fait que l’insulter. C’est ainsi que son père et sa fille finirent par nous l’amener. le problème était en train de prendre des proportions alarmantes, elle avait commencé à envoyer des claques à des gens dont elle pensait qu’ils venaient de lui faire une proposition indécente. Elle cognait et giflait les serveurs dans les restaurants et même des passants dans la rue - et elle constituait un adversaire de taille - ! En conséquence, elle était à la limite de se retrouver enfermée. Nous nous mîmes d’accord sur un projet thérapeutique dont les buts étaient tout à fait circonscrits et assez limités. Cette famille n’était pas riche et, par ailleurs, ils n’avaient aucune raison de rechercher un renouvellement complet. Maman voulait juste se sentir bien et le reste de la famille avait pour unique souhait qu’elle se porte bien.
De toute évidence, elle était déjà très dissociée. Dans son cas il s’agissait d’une dissociation du système de représentations. Elle avait dissocié en même temps les sensations (kinesthésique) de la rage et leur représentation auditive. Nous nous sommes donc servi de sa dissociation. Nous l’avons tout simplement élargie pour obtenir un état modifié. Alors nous avons fait appel directement à la partie d’elle qui savait ce qui se passait. Au cours de la première séance, nous nous contentâmes de convaincre son inconscient d’un raisonnement d’une logique un peu tirée par les cheveux... Nous expliquâmes à son inconscient que du fait que les voix avaient des choses très importantes à lui communiquer, ça serait beaucoup plus facile si elles se mettaient à lui parler dans sa langue maternelle. De cette manière, elle pourrait les comprendre parfaitement. En procédant de la sorte, elle traduisit d’elle même les voix hallucinatoires en Néerlandais. La conséquence de ce changement fut qu’elle ne pouvait plus battre personne ici aux Etats Unis, parce que les voix qu’elle entendait lui parlaient en Hollandais et qu’elle savait pertinemment que les gens autour d’elle ne parlaient qu’Anglais. Cela la troublait passablement, mais c’était néanmoins un bonne manière de l’empêcher de se mettre dans des situations dans lesquelles elle aurait pu se retrouver accusée et même arrêtée.

La séance suivante, nous induisîmes à nouveau un état de conscience modifié, et j’eus une « révélation » subite. Dieu me parla et je lui rapportais ce que Dieu m’avait dit : « Dieu a dit “il est sage et juste que blah, blah, blah” ». Cette révélation lui donnait des instructions suivant lesquelles elle devait transférer les voix à l’intérieur de ses rêves. Ainsi, chaque nuit, cette femme allait s’endormir d’un sommeil peuplé de rêves pleins de violence, au cours desquels elle se vengeait des exactions de son mari. Pendant la journée, elle vivait parfaitement tranquille. nous construisîmes, bien sûr, tout un tas de garde-fou, de façon que ses rêves violents ne débordent pas sur ses gestes durant son sommeil, autrement elle aurait pu se mettre à battre son mari en dormant.

Ceci est un exemple de projet thérapeutique à portée limitée. Cela fait cinq ans et demi que nous avons effectué ce travail. Elle vit heureuse et tous les membres de sa famille également. Mais il ne s’agit pas ici d’un travail de réintégration. Elle possède toujours deux parties dissociées d’elle-même. Pour utiliser la métaphore relative à l’alcoolique, elle est toujours capable de disjoncter.

Intervenant : Vous voulez dire dans ses rêves ?

Oui, mais il existe également toujours l’éventualité que ce qui est actuellement cantonné dans le domaine des rêves déborde tout d’un coup sur son comportement éveillé. J’imagine que si son mari avait à nouveau une aventure extra-conjugale, cela ferait sauter les barrières que nous avons mises en place pour canaliser son comportement. On peut toujours utiliser ce genre de dissociation pour réorganiser le comportement d’une personne, mais il faut que vous réalisiez les limites qu’impose le fait de ne pas effectuer un travail complet de réintégration.

Vous devez être capable de trier, sélectionner et contextualiser tous les comportements, de façon à pouvoir apporter une solution différente à chaque situation nouvelle. Les résultats d’une surcontextualisation chez quelqu’un de dissocié sont d’obtenir un choix de comportements limités et très rigides. La dissociation extrême peut fonctionner de manière adéquate mais uniquement dans un environnement stable. Cela peut devenir rapidement inadapté voire inefficace dans des conditions changeantes.

La situation idéale est d’effectuer une réintégration complète, ainsi le comportement adéquat sera toujours disponible quelle que soit le contexte donné. Notre but pour vous et vos clients est d’être capable de répondre à des conditions toujours renouvelées de manière également évolutive. Pour parvenir à ceci, il faut réintégrer complètement les parties dissociées, de façon à ce que l’ensemble des ressources d’une personne soit disponible à tout moment et n’importe où.


P.S

Traduction de Marianne STRAGAND

Extrait de Reframing- Neuro-Linguist. Programming and the transformation of meaning by Richard BANDLER and John GRINDER. Copyright 1982 Ed. Real People Press by Steve and Connirae ANDREAS.