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Extrait du livre à paraître de Leslie CAMERON-BANDLER

L’otage émotionnel*

Nous avions une vie de contes de fées. C’est du moins l’impression qu’avaient nos familles, nos amis et nos étudiants. Ils s’appuyaient pour cela sur notre réussite professionnelle, notre belle maison et notre heureux enfant, ainsi que sur l’amour romantique et passionné que nous éprouvions l’un pour l’autre. Mais derrière la façade de notre réussite professionnelle, nous vivions un tourment sans fin que ne voyait pas notre entourage. Nous étions les otages d’une force puissante mais peu comprise : nos propres émotions. Lors de nos premières tentatives pour nous libérer de l’emprise de nos émotions, nous nous rendîmes compte de l’ampleur de notre combat. Nous découvrîmes également que nous n’étions pas seuls.

Chacun de nous est l’otage de ses émotions d’une manière ou d’une autre. Certaines personnes sont comme emprisonnées et muselées par la peur de l’intensité d’émotions telles que la tristesse, le rejet, le sentiment de ne pas être à la hauteur ou encore celui d’être blessé. Pour ces personnes, les émotions sont comme des mines anti-personnelles ; elles se faufilent dans la vie en essayant d’éviter des sentiments dangereux. Au premier indice qui leur laisse présager une réaction émotionnelle forte, elles se retirent. Ce genre de personnes évite les situations qui pourraient les amener à des émotions intenses, comme une vive dispute avec un proche, la visite d’une connaissance souffrant d’un cancer ou encore passer du temps avec un ami déprimé. Afin de s’épargner la douleur du rejet ou de la tristesse, elles s’empêchent de s’ouvrir aux autres. Elles s’écartent également des défis professionnels. Elles peuvent ainsi éviter de tomber sur des mauvaises surprises, telles que des situations dans lesquelles elle serait mal à l’aise. Le revers de la médaille est que ces personnes évitent d’importantes portions de vie comme d’autres évitent de regarder des films d’horreur. De cette façon, ces personnes arrivent surtout à s’empêcher de vivre une grande partie de ce qui est intéressant dans la vie.

D’autres personnes ne peuvent jamais exprimer leur potentiel car les émotions qu’elles ressentent, telles que la peur, le doute, ou le sentiment de ne pas être à la hauteur, les empêchent d’agir, et encore plus de prendre des risques. Elles sont les otages de leurs émotions et sont sujettes à une sorte de paralysie. Une femme seule se sent timide et ne communique donc pas. Une mère sans emploi ne sent pas à la hauteur, ce qui la fait se comporter de façon stupide bien qu’elle soit très intelligente. Un adolescent a peur d’échouer ou d’avoir l’air ridicule et n’apprend donc pas de nouvelles compétences comme la danse, le dessin ou parler devant un groupe. Une femme au foyer entre deux âges ne se sent pas en sécurité, ce qui a pour conséquence qu’elle reste toujours dans les endroits qui lui sont familiers, alors qu’elle s’y ennuie ou qu’elle s’y sent mal.

Beaucoup de personnes sont victimes de rapts à répétitions par leurs émotions. Des émotions fortes les frappent comme une série de vagues qui les emmènent loin des pensées ou activités qui les occupaient. Ces personnes abandonnent parfois l’espoir d’atteindre leurs objectifs. D’autres sont séduites par l’impression de confort qu’elles obtiennent en s’accrochant à une petite poignée d’émotions qui leur sont familières. Elles s’empêchent elles-mêmes d’apprécier l’incroyable gamme de couleurs et de nuances de la palette d’émotions que chacun a le droit légitime d’apprécier. Le prix qu’elles payent pour leur confort est une vie radicalement restreinte.

Certaines personnes sont esclaves des émotions d’autres personnes. L’une de nos clientes était dans cette pénible situation. Si son mari était confiant sur la conclusion d’une affaire, elle pouvait se sentir soulagée. Tant que son enfant était heureux, elle pouvait se sentir bien. Si sa meilleure amie avait l’espoir de sauver son mariage en péril, notre cliente pouvait vivre un moment de détente. Sa capacité de vivre des émotions réjouissantes dépendait complètement des réactions de son entourage. Son équilibre émotionnel s’appuyait sur leurs humeurs. A chaque fois que leurs humeurs changeaient, c’était comme si on lui coupait l’herbe sous le pied. Elle passait une grande partie de son temps à essayer de mettre les autres de bonne humeur afin d’avoir elle-même un moment de plaisir. Elle était comme une jongleuse essayant de faire tourner quinze assiettes sur des bâtons - toute la journée, tous les jours. Elle se disait, ce qui n’est pas étonnant, qu’elle devait toujours se battre pour équilibrer la balance.

Certaines personnes, pour soulager la douleur d’émotions désagréables, ou pour atteindre un état agréable, deviennent esclaves de drogues. L’héroïne, la cocaïne, le cannabis, l’alcool, le sucre, les excitants, les tranquillisants, la nicotine et la caféine sont toutes des substances qui modifient l’humeur. Les personnes qui les consomment essaient délibérément d’atteindre une émotion ou d’en changer. Pendant cette opération, elles deviennent les otages de la drogue. Le choix et le contrôle sont échangées contre la dépendance.

Il y a un autre prix que beaucoup d’entre nous payent à cause des émotions désagréables que nous endurons. Il a été cliniquement prouvé que des personnes souffrent de maladies physiologiques dues au fait de ressentir régulièrement des sentiments tels que la peur, l’humiliation, l’inquiétude, la pression, la colère, le sentiment de ne pas être à la hauteur ou d’être impuissant. A long terme, de telles émotions peuvent générer des niveaux dangereux de stress, amenant à de l’hypertension, à des ulcères, des maladies cardio-vasculaires ou d’autres maladies dégénératives.

Dans son livre « Is it worth dying for ? » (Cela vaut-il la peine de mourir ?), le docteur Robert S. Eliot décrit les résultats de son enquête en tant que spécialiste des maladies cardio-vasculaires à Cap Canaveral. Le but de son enquête était de déterminer pourquoi les travailleurs de cette base aérospatiale étaient atteints de crises cardiaques plus fréquentes et plus graves que la moyenne.

Le problème que j’ai trouvé n’était pas l’envoi de fusées mais le renvoi des personnes. Le gouvernement avait commencé à baisser la priorité de la conquête de l’espace, et à chaque fois qu’une fusée était lancée, 15% des travailleurs ayant contribué à ce lancement était renvoyés... Les examens physiques et de laboratoire n’ont pas montré un niveau inhabituel de risques classiques d’infarctus. J’ai en revanche trouvé de l’anxiété et des dépressions, et un sentiment général et contagieux d’impuissance et de désespoir. [p.15]

Le stress provenant de cette peur constante de perdre son emploi - ainsi que la sécurité et le prestige liés à cet emploi - a eu pour conséquence une population professionnelle qui « a amené la nation à boire, prendre des drogues, divorcer et mourir de crises cardiaques subites ». Le docteur Eliot continue en décrivant des études en laboratoire faites sur plusieurs types d’animaux, qui démontrent toutes un lien important entre le stress émotionnel et le bien-être physiologique.

L’un des cas les plus significatifs de l’effet négatif du stress à long terme est ce que j’appelle le « facteur de risque 14 pieds » pour les maladies cardio-vasculaires. Les babouins Hamadryas sont liés pour toute leur vie à leur conjoint. Des chercheurs russes ont séparé ces babouins de leur conjoint et les placèrent dans une autre cage (environ à 14 pieds - plus de 4 mètres) depuis laquelle ils voyaient très bien. Un nouveau mâle fut placé dans la cage de la femelle. Le premier mâle était obligé d’observer sa femelle avec un nouvel amoureux. Il ne pouvait pas changer la situation et devait donc l’endurer. Sans aucune modification de régime alimentaire ni d’aucun autre facteur, les babouins ont subi l’éventail complet des symptômes des maladies cardiaques du monde contemporain industrialisé : certains firent de l’hypertension, d’autres des crises cardiaques, etc.

Bien entendu, les animaux ne sont pas des humains, mais il est fort probable que pour les humains aussi, un sentiment de désespoir et d’impuissance peut provoquer la diffusion d’éléments chimiques liés au stress qui nuisent à la résistance du corps. C’est ce qui est arrivé aux ingénieurs de Cap Canaveral.

Il y a beaucoup de façons d’être pris en otage, prisonnier et blessé par nos émotions, mais le résultat est toujours le même. Les otages émotionnels passent une grande partie du temps de leur vie au service de leurs émotions, ou même sacrifient leur vie à leurs émotions, au lieu que ce soit les émotions qui soient au service de leur vie. Comme vous allez le découvrir, nous - les auteurs de ce livre - étions, chacun à notre façon, prisonniers de nos émotions. Leslie ne pouvait pas choisir les émotions qu’elle aillait ressentir d’un moment à l’autre, elle n’était pas capable de prévoir ce qui allait venir ensuite et n’avait donc aucun moyen de se protéger des « attaques ». Elle vivait dans une réalité émotionnelle qui était aussi intense que tyrannique. Par peur des émotions désagréables, Michael a développé, quant à lui, une personnalité vive et énergique, mais cela l’a aussi rendu timide et introverti.

*livre à paraître 2ème semestre 2006