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Se libérer d’une dépendance affective

Jean-François a pris contact avec l’objectif de faire le deuil d’une amie chère, suite à une séparation, pour travailler sur sa dépendance affective. Cela nous a conduit notamment à travailler sur son image de lui-même, sa peur de l’abandon. Voici ce qu’il a écrit à propos de son séjour et du travail que nous avons fait ensemble.

Ma dernière semaine de congés m’a permis de faire le point sur les trois jours passés en votre compagnie. Mon travail par rapport à mon ami « Quasimodo »*s’est révélé être très bénéfique, ainsi que ma prise de conscience de cette peur de l’abandon...
J’ai revu Rachel. A la fin de notre rencontre, je lui ai dit que nous ne nous reverrions plus. Elle a pleuré, comme déjà auparavant. Je lui ai dit les mots que vous m’aviez proposés, je lui ai rendu sa liberté de vive voix, et j’ai repris la mienne de vive voix. Cela m’a fait mal, mais maintenant, ça va. Le travail que nous avons fait ensemble m’aide énormément.
Voici la lettre écrite à son intention :

Bonsoir Rachel,

Une lettre. Une lettre pour te parler une dernière fois. Une lettre pour enfin tirer le trait de notre histoire. Cette histoire qui a occupée 18 mois de ma vie : neuf mois près de toi, et près de neuf mois à te côtoyer sans pouvoir réellement m’éloigner.
Ma conscience m’a amené à utiliser cette douleur pour comprendre. Comprendre qui je suis, quel homme j’ai pu être avec toi, et pourquoi ? Pourquoi je n’ai pas réussi à te parler, à me livrer, à nous aider. Pourquoi j’ai agi avec toi de cette manière, comme je l’avais déjà fait dans le passé, avec d’autres.

Trois jours, il m’a fallu trois jours d’une retraite active pour éclairer ce tunnel dans lequel j’errais depuis trop longtemps. Quel bilan pouvons-nous tirer de notre histoire ?
Un désir, une attirance, un lien qui se tissait sans que je m’en aperçoive. Pour la première fois de ma vie, je découvrais le bonheur d’assumer mes sentiments, et d’avancer vers la personne que j’aimais sans attendre qu’elle prenne la situation en main.
Pour la première fois, je pouvais dire à la femme que j’aimais que je souhaitais me rapprocher d’elle. Je l’ai fait, avec toi.

Comme toujours, l’être réfléchi et raisonné que je suis avait « tout prévu ». Toutes les possibilités d’évolution, toutes les situations qui pouvaient se présenter à nous. Ton fils et notre relation, ton divorce que tu ne souhaitais pas entamer.
Je me sentais fort. Je me sentais invincible. Je me sentais sûr de cette envie de bonheur que je portais en moi. J’ai avancé. J’ai investi. J’ai espéré. J’ai rêvé .... J’ai vécu cette période sans m’apercevoir qu’elle s’arrêterait le jour où toi tu l’aurais décidé, comme un rêve s’évanouit.

Pourquoi ? Je n’en sais rien, mais une chose est sûre : Je n’ai pas su te déclarer correctement mon amour. Je n’ai pas su te formuler mes souhaits, mes envies, mes désirs, mes projets, mes besoins. Je n’ai pas su t’aider à te positionner, et je me suis enfermé dans mes doutes. Tu me mentais en même temps que tu te mentais à toi-même, sans le vouloir, sans souhaiter me faire du mal. Mais tu m’as fait du mal pourtant. En m’enfermant, je t’empêchais de venir vers moi, et comme tu refuses la provocation et les conflits, tu as préféré continuer à te protéger derrière ce divorce que tu ne souhaitais pas engager.

Je ne peux pas te blâmer. Je ne savais pas pourquoi j’agissais ainsi, alors comment pouvais tu le savoir, toi ? Maintenant je le sais. Maintenant, je sais pourquoi je vivais cette peur inavouée de te voir partir : j’avais peur d’être abandonné encore et encore. Abandonné par une personne que j’aimais, par celle que j’aimais, avec qui je voulais construire ma vie.
Je peux te donner l’impression que tous les torts seraient de mon fait. Ne te trompe pas ! J’ai fait ce travail sur moi-même pour me permettre d’avancer. Pour me permettre de comprendre et de m’éviter, ainsi, d’agir une nouvelle fois de cette façon.

Mais toi ... toi ! Tu as également agi au détriment de notre relation. Tu savais avant moi que notre relation n’irait pas au bout de mes espoirs, et tu n’as pas voulu le voir.
J’ai appris beaucoup sur moi pendant ces trois jours de thérapie. Je pensais bien me connaître, mais en fait, peut-on réellement bien se connaître ? J’ai appris qui je suis. J’ai appris ce que je suis. J’ai appris que j’avais bien agi avec toi. Que tu ne peux rien reprocher à l’amour que je te portais. Et surtout j’ai appris trois choses primordiales qui sont en train de devenir le fil conducteur de ma vie :
 L’être humain ne supporte pas le vide : j’ai rempli mon âme avec des images de toi. Mais plus que toi, ce sont tes valeurs qui me portaient. C’est de ces valeurs que je jalonne mon avenir à présent, et non plus des souvenirs de nos moments partagés.
 L’esprit humain ne sait pas interpréter la négation : J’arrête dès aujourd’hui de me dire "arrête de ... », « ne fais pas ... », « n’imagine pas que ...., » en pensant à toi. Maintenant, je m’emplis d’intentions positives pour me construire un nouvel avenir.

L’être humain ne doit pas interpréter les pensées de l’autre : jamais plus je n’imaginerai ce que peut être en train de penser l’autre. Ce qu’il imagine. Ce qu’il peut ressentir. Plutôt que monter mon propre film, je le construirai avec la personne que j’aime. Pas en me persuadant que l’autre pense comme moi.
Bien communiquer, je sais le faire. La forme, les mots, le ton de ma voix. Tout cela je le maîtrise. Maintenant, je dois apprendre à communiquer juste : au bon moment, dans le bon état d’esprit. C’est de notre relation que j’ai appris cela. Et comme tu le sais, je mets toujours tout en œuvre pour ne jamais reproduire deux fois la même erreur. Aussi on verra ....

Voilà, juste ces quelques mots pour te dire en quelque sorte merci. Merci de m’avoir obligé à faire ce voyage au fond de moi pour me découvrir un peu plus. Merci de m’avoir fais prendre conscience des valeurs sur lesquelles je veux construire ma vie.
Grâce à toi, je me découvre comme un homme plus accompli. Grâce à toi, j’ai pu prendre conscience que l’homme que je rêvais d’être n’est pas si loin de l’homme que je suis. Grâce à toi, j’ai pu enfin terminer ce travail sur mon physique que je croyais abouti, alors qu’il ne l’était pas totalement : j’ai pu aimer celui que j’appelle « Quasimodo »*. C’est pour cela que je peux te dire aujourd’hui que je ne t’en veux pas, et que tu peux continuer ta route. Sans moi. Je te rends cette liberté que tu souhaites à tout prix. Et je reprends cette liberté que mon amour pour toi m’avait fait perdre de vue.
Bonne chance à toi.
Bonne chance à moi.

Jean-François

*cette représentation est apparue lors du travail thérapeutique sur la « mauvaise image » que Jean-François avait eu de lui-même et sur son acceptation.