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A propos des idées fausses sur l’hypnose...

une utilisation possible : parler anglais

Sébastien est très impatient de me dire qu’il est embauché en CDI et qu’il a obtenu une augmentation de salaire de cent euros. La réunion s’est déroulée différemment de ce qu’il avait imaginé, car en fait la décision de le garder avait été prise avant, il n’a donc pas eu à se défendre ou à se justifier (ce qu’il craignait) et son chef de service avait plutôt un à priori positif le concernant.

P. : « Félicitations ! A toi de jouer maintenant. »

S. : « Justement, j’ai un nouveau challenge car dans mes nouvelles fonctions, je serai amené à voyager pour rencontrer des clients étrangers, et je dois parler anglais correctement. Hors, je suis complètement bloqué, lorsqu’il s’agit de m’exprimer en anglais, alors que je le lis et l’écris parfaitement. »

P. : « As-tu déjà eu l’occasion de converser en anglais ? »

S. : « Pas depuis le lycée, et de plus, l’oral n’était pas mon point fort. Pourtant je connais beaucoup de vocabulaire et ma grammaire est au point. »

P. : « Qu’est-ce qui t’empêche alors de parler ? »

S. : « La peur d’être ridicule, mon accent déplorable, la crainte d’être jugé. »

P. : « As-tu déjà entendu parler Yasser Arafat ? »

S. : « Oui ! Je comprends ce que vous voulez dire ! »

P. : « En effet, l’accent n’est pas un obstacle si le vocabulaire est adéquat et si la volonté de communiquer est importante. Je peux te proposer une séance d’hypnose pour lever tes inhibitions et te mettre en contact avec tes ressources. »

S. : « Cela m’intéresse beaucoup mais je voudrais en savoir plus sur la transe hypnotique avant d’y souscrire. »

P. : « Quelles questions te poses-tu ? »

S. : « Est-ce que je vais dormir ? Est-ce que je vais perdre le contrôle de mon corps ? Qui décide de quoi ? J’ai besoin d’être rassuré. »

P. : « Voici d’excellentes questions et je comprends parfaitement ton besoin d’être rassuré face à une expérience inconnue. »

Il est particulièrement important d’explorer les croyances et idées fausses que peut avoir développées le client : Sébastien a peur de s’endormir ou de se trouver dans une situation dans laquelle, il risque de perdre sa capacité de décision, sa vigilance ou ses défenses. Il est nécessaire de lui préciser à quoi correspond l’hypnose.
L’hypnose est très différente du sommeil car elle laisse à la personne le contrôle du processus et lui demande une implication personnelle. Il s’agit, en effet, d’une forme différente de communication avec soi-même et avec le thérapeute. Je mets donc l’accent sur le fait que lui et moi, sommes dans un projet de coopération. De plus, le contrôle de l’état de transe est dans ses mains : il peut accepter, rejeter ou modifier n’importe quelle de mes suggestions. L’état de transe est simplement un état naturel de relaxation et d’attention tournée vers soi dans un contexte favorable et en toute sécurité. Cette sécurité étant bien entendue sous-tendue par la confiance accordée au thérapeute. Dans le cas présent, la stratégie hypnotique étant d’aider Sébastien à accomplir une tâche dont il se croit incapable, la « technique » d’utilisation des ressources me semblent très adaptée pour le renforcement du « moi ». Fort de cette explication (qui je l’espère est adéquate), il accepte.
J’ai le souvenir d’un séminaire avec Alain Thiry (Apprendre à apprendre avec la PNL – Alain Thiry-Yves Lellouche, Éd. De Boeck université) qui disait qu’il est important d’avoir une ligne de temps « en ordre » pour apprendre correctement une langue ; je décide alors de me renseigner sur la manière dont il visualise sa propre ligne du temps.

P. : « Comme j’ai besoin d’un peu de temps pour élaborer un peu ta future mise en transe, je te propose pour aujourd’hui de préparer la séance en regardant comment tu organises ta ligne du temps. »
En lui demandant de situer différentes images de son passé lointain, puis proche, de son présent et de son futur, j’ai pu constater que beaucoup d’images du passé étaient devant lui, d’autres derrière et que tout « tournait » autour de lui. Nous avons pu recomposer un peu la ligne en l’agrandissant de part et d’autre pour laisser une grande part au futur et décaler le passé vers la gauche. Lorsque cela lui a paru confortable et adapté, nous avions une grande ligne horizontale avec passé à gauche et futur à droite, bien qu’il ne se sente pas associé au présent.

Comme convenu, nous allons aujourd’hui faire une transe hypnotique

Alors qu’il est déjà installé sur son siège et que nous avons échangé quelques banalités, je me lève soudain en lui disant : « Il me semble que je ne t’ai pas salué » et je me lève en lui tendant la main. Naturellement, il se lève également en me tendant sa main... poignée de main que j’interromps et j’avoue que l’entrée en transe se fait de manière spectaculaire. Je vais tenter de retranscrire ci-après le contenu de la séance.
« Tu vas focaliser ton regard sur le fond de ta main, uniquement le fond de ta main, regardes bien tous les détails de la paume de ta main... comme ceci, c’est bien...
Maintenant tu vas prendre une grande inspiration, et quand tu seras prêt...tu pourras fermer les yeux...voilà, c’est bien... je vais te guider vers la chaise derrière toi, tu vas t’asseoir...Tu es assis et tu peux entendre le son de ma voix et je vais lâcher ta main (elle reste en l’air).
Tout en étant assis en face de moi, tu peux ressenti le contact du dossier de la chaise, contre ton dos... et celui de tes pieds sur le sol... et tu peux remarquer maintenant, le contact de ta main gauche sur ton genou... ainsi qu’un bien-être grandissant... Comme tes yeux sont fermés, tu peux éprouver une sensation de bien-être... tout en étant assis, inspirant, expirant... tu te sens de mieux en mieux. Ecoutes les bruits autour de toi... et profites d’un sentiment de plus en plus fort de... sécurité. Tu peux, peut-être te concentrer sur ta respiration... sens-tu que ta respiration est plus calme, plus ample...es-tu curieux d’écouter, de ressentir, de sentir ton corps respirant...tranquillement, en confiance, et de trouver dans cet exercice...la tranquilité...de l’esprit.
Maintenant j’aimerais demander à ton esprit inconscient, de faire apparaître, pour toi, une image... ou de te faire éprouver une sensation particulière...ou de te faire entendre un mot, ce qu’il décidera pour toi... pour que cette image, cette sensation, ce mot... tu puisses les retrouver, à chaque fois que ce sera nécessaire, que ton esprit conscient puisse les avoir à sa disposition...et ainsi...puisse retrouver, instantanément ce sentiment de bien-être, que tu éprouves en ce moment... (calibrage). Tu peux remercier ton esprit inconscient... de t’avoir offert... sa coopération... pour l’installation... de cette image, de ce symbole, de ce déclencheur...d’état de détente.
Maintenant, j’aimerais que ton esprit inconscient... décide de te donner une impression... d’approfondissement... de ton état de relaxation...alors que tu es assis...écoutant le son de ma voix...avec le sentiment grandissant d’un bien-être interne...de plus en plus profond... et je vais demander à ton esprit inconscient qu’il commence à faire descendre ta main droite... avec un mouvement inconscient... petit, lentement... très lentement, jusqu’à ta cuisse...lorsqu’il aura décidé... que tu es profondément... paisiblement... dans un état... qui s’apparente à un état de transe... profonde... appropriée... au travail que nous allons faire... c’est très bien. Ta main atteint ta cuisse... et tu sais... que tu as atteint...avec succès... cet état...désiré. Je vais en profiter pour demander à ton inconscient... s’il est d’accord... de préparer quelques éléments... qui vont êtres utiles... à ton apprentissage... Tu es sans doute curieux... maintenant... d’apprendre... de savoir que tu sais... comment parler... cette langue... you know, now... how to speak english fluenty... alors je demande à ton inconscient, qui sait, de te permettre d’entrevoir... plus de possibilités... plus de capacités... plus de confiance... dans ton savoir...parler avec quiconque...speak to anyone. Alors, lorsque ton esprit inconscient... se sera assuré...que cette capacité... est bien à ta disposition... il choisira un moyen... de la transmettre... dans les jours qui viennent... à ton savoir inconscient... par tout moyen, qu’il jugera approprié... pour toi,... et quand tu ouvriras les yeux...dans quelques instants...tranquillement, avec confiance dans ta réussite. Maintenant...tu sais que tu peux...
Feed-back : Sébastien semble abasourdi, il me regarde en souriant, sans me voir vraiment.
Je lui laisse quelques instants pour l’interroger.

P. : « Comment te sens-tu ? »

S. : « Bizarre ! C’est très étonnant... rien à voir avec la sophronisation... plus rapide et moins... conscient. La seule chose dont je me souvienne, c’est que lorsque vous avez parlé de ma main droite qui allait descendre lentement, j’ai eu le sentiment que je ne savais pas du tout où était ma main. J’ignorais qu’elle était en l’air. C’est tout. »

P. : « C’est excellent. N’essaies pas de te souvenir à tout prix, tout ceci fera le chemin utile de ton inconscient vers ton conscient, en temps voulu. »

Pour une première transe, Sébastien a été vraiment incroyable. Il a pu atteindre une transe relativement profonde et adaptée. Je crois qu’il avait confiance et était décidé à faire l’expérience d’une manière honnête. Le guider a été un plaisir et je reconnais que cela m’a énormément renforcée dans mes convictions et mes capacités...

Aujourd’hui, nous décidons de comprendre « comment » Sébastien ne réussit pas à se désengager d’une relation qui lui pèse ou l’encombre. Pour cela nous allons utiliser la grille des niveaux logiques de Dilts.
P.-« Comment formules-tu l’état problème ? »
S.-« J’ai de la difficulté à rompre une relation (amoureuse) qui ne me convient plus. »
P.-« Que veux-tu à la place ? En termes positifs. »
S.-« Je veux pouvoir parler sincèrement de ce que je ressens. »
J’installe au sol, les différents papiers mentionnant les questions : Où ? Quand ? (environnement), Quoi ? (comportement), Comment ? (capacité), Pourquoi ? (valeurs, croyances) Qui ? (identité). Je résume ci-après (sans les dialogues fastidieux) ce qui a émergé.

  • L’action se passe avec une fille avec laquelle je ne me sens plus en accord, dont la présence me gêne.
  • Je fuis, évite les rencontres, ne réponds plus au téléphone. A la place, je veux accepter la rencontre.
  • Je manque d’honnêteté. Je voudrais être capable de parler, de franchise. Ici, nous installons et ancrons un modèle (son ami) qui fait cela très bien et sans dommages.
  • Je ne veux pas blesser la personne. Il est important de ne pas faire souffrir. La croyance sous jacente est : je crois que je suis responsable du malheur et du bonheur des autres.
    Il existe d’autres croyances installées aussi par Sébastien : je ne peux pas accepter de m’être trompé sur une personne et ma souffrance est plus supportable que celle de l’autre. Mais nous décidons de voir comment modifier la première et quoi mettre à la place.
    P.-« Sébastien, es-tu d’accord pour dire que cette croyance te limite actuellement dans ta vie, et veux-tu la remplacer par une autre, et laquelle ? »
    S.-« J’ai du mal à penser que je ne suis pas responsable, et il me paraît peu écologique pour moi de remplacer cette croyance, mais je veux bien y réfléchir. Laissez-moi un peu de temps et nous y reviendrons la prochaine fois. »
    P.-« Comme tu veux. J’aimerais que tu réfléchisses également à l’intention positive de cette croyance. Que veut-elle de bon pour toi ? Connais-tu le mot assertion ? »
    S.-« J’aime bien avoir plein de questions pour repartir ; cela m’occupe la semaine ! »

SYNTHESE ET COMMENTAIRES

Je dois revoir encore Sébastien et j’espère qu’il pourra continuer à se livrer comme il a commencé à le faire. Lors de nos rencontres, nous avons beaucoup parlé. Il est avide de savoir et de comprendre (je pourrais croire qu’il a entrepris une formation plus qu’une thérapie) ; mais il faisait régulièrement 150 kilomètres, le soir après son travail pour venir et je veux croire qu’il a pu y trouver un intérêt personnel autre qu’intellectuel.
Son appartenance au type cinq me l’a évidemment rendu très proche, et même si une très forte intuition me fait pressentir énormément, j’ai respecté sa retenue, sa pudeur à se dire. Je comprends si bien cette manière d’être,- souvent j’aurais pu terminer ses phrases-, que les exemples, les métaphores que j’ai pu utiliser durant nos conversations, lui allaient directement au cœur ou à l’esprit selon les circonstances. Cela m’a conféré évidemment une sorte d’aura positive qui m’a permis de gagner un peu plus sa confiance. En effet il m’a souvent répété son besoin d’avoir confiance, sa peur d’être trahi, son désir de préserver son intimité, et je le comprenais que trop ! Je sais que le chemin de la liberté passe par la compréhension de ses méandres, pour une personne de type cinq. Mais j’ai aussi expérimenté une autre approche et j’aimerai beaucoup lui donner des « raccourcis », puisqu’il a l’opportunité de les expérimenter avec un nouvel éclairage. Lors de notre dernière entrevue, il a manifesté le désir de parler de sa mère (à la prochaine séance). Là encore j’avais senti depuis le début, une blessure soigneusement enfouie, une fuite éperdue pour ne pas voir, pour ne pas pleurer. Pourquoi donc les « cinq » ne veulent-ils pas pleurer ?!
Si l’on considère les aspects purement « PNL » de sa personnalité, il y a peu de surprises :
Dans le répertoire de ses méta-programmes, nous avons identifié presque toutes les caractéristiques du type : Dissocié – Répartition soi – Orientation vers ce qui manque (Mais sans en souffrir) – Désarccordeur – Déplacé (voire parfois projeté) – Réactif – Référence interne – Through time – Temps lent. J’ai noté qu’il employait souvent « on » à la place de « je ».
En matière de transfert, je crois pouvoir dire que j’étais le professeur, celui qui sait et qui peut lui apprendre encore sur lui,(n’avait-il pas dit à ma fille : « cela m’intéresse de savoir ce que ta mère pense de moi ») Je l’ai détrompé en précisant que ce que je pensais n’était pas utile, mais que « comment il se comportait » pouvait être intéressant à savoir, pour s’adapter et se sentir bien dans toutes circonstances. Il voulait aussi me séduire par son propre savoir, m’impressionner par sa maîtrise ; il a réussi à faire naître en moi beaucoup de compassion et d’indulgence pour ses efforts pour ne pas « lâcher prise ».
Souvent, lors de nos entretiens, je me suis surprise à m’interroger sur mon propre comportement, à son âge dans les situations qu’il me décrivait : lorsqu’il me dit qu’il était rancunier, je pensais que cela n’était pas possible pour un cinq (qui est si détaché), mais en y repensant plus tard, je me souvins avoir ressassé pendant des années une « injustice » que j’avais cru subir à l’âge de quinze ans, et même si je n’ai eu aucun désir de vengeance, j’en ai voulu pendant longtemps à la personne « responsable ».
Pour terminer, j’avoue que je ne suis pas sûre encore d’avoir toute sa confiance.